zooms
Bateau Flou
Escales Argentiques
Gabrielle Manglou et La 25e Corde créent un nouveau ciné-concert à partir des photos d’archives de l’iconothèque de l’Océan indien. Voyage imaginaire dans le temps lontan, fantasmagorie hallucinée, séance diapo de luxe... Pour mieux cerner le projet, on leur a demandé quelques précisions.
"Tout est parti d’une photo. On est sur un bateau, des gens posent, ils sont déguisés. La photo est vieille bien sûr, un peu floue, un peu ratée, aussi. Et ça m’a rappelé ma mère. Ma mère, elle me racontait les longues traversées d’avant. Un mois sur un gros paquebot pour rejoindre la Métropole... et à partir de cette photo-là, je me suis imaginé ce microcosme voyageur : qu’est- ce qu’ils faisaient, ces gens ? Qu’est-ce qu’ils se racontaient ? Pourquoi ils partaient, ou revenaient ?"
Quatre ans après Badgad Fantaisie, où elle retouchait à sa façon la pellicule du Voleur de Bagdad pour une performance musicale de Samy Pageaux-Waro, l’artiste plasticienne Gabrielle Manglou revient au principe du ciné-concert avec Escales Argentiques. Cette fois, elle est partie des collections de la jeune Iconothèque de l’Océan indien pour inventer ce qu’elle se plaît à décrire comme une fantasmagorie, ou une errance dans l’imaginaire de l’argentique : "J’aime les vieilles photos de La Réunion. Déjà parce qu’elles sont rares, en dehors des images d’architecture. Je trouve que les gens n’y ont pas la même attitude que nous, leur corps n’a pas la même densité, ils ne se tiennent pas comme nous. Il s’en dégage une émotion particulière, différente... On y ramasse toujours des petites choses, un peu de sens, des histoires.
LE MALOYA, LA MUSIQUE ORIENTALE, LE MALI, MADAGASCAR...

Sur ce voyage tout en lenteurs, en couleurs ajoutées, en associations d’idées dans l’histoire visuelle de l’Océan indien, deux musiciens ont du inventer un rythme, des airs, traduire en ondes ces sentiments de l’argentique. Après un très joli premier album, c’est La 25e Corde qui s’est embarqué sur la croisière imaginaire de Manglou - Kahina Zaïmen au violon, et Samy Pageaux-Waro à la kora, qui avait déjà inventé la bande son de Bagdad Fantaisie : "Avec Bagdad, je travaillais sur un film, qui racontait une histoire, je devais donc suivre l’histoire. Là, il n’y a pas vraiment d’histoire, donc on est libres d’aller où on veut." Kahina précise : "Le thème central des Escales, c’était le voyage, l’ailleurs. Alors on ne s’est pas empêchés d’aller puiser nos inspirations assez loin. On est allés chercher dans le maloya, bien sûr, mais aussi dans la musique orientale, au Mali, à Madagascar... et puis les cordes, le violon et la kora, sont des instruments qui collent bien à l’univers d’un bateau. On peut reproduire pas mal des bruits d’un navire, et il y a quelque chose d’aérien dans leur son."
« ÇA PARLE FORCÉMENT D’IDENTITÉ ET D’HISTOIRE... »

L’humeur de ces Escales est douce, légère, mais l’usage d’images d’archives comme matière première implique un rapport complexe au temps, à l’histoire et aux identités culturelles de l’Océan indien. Gabrielle et Kahina évoquent ces questions en creux quand on les interroge. Samy résume : "Il y a des photos très fortes, notamment à Madagascar. On peut voir deux familles sur une même image, des Blancs et des Malgaches, ils se côtoient, et il y a une certaine harmonie sur la photo... mais en même temps, tu t’imagines forcément, historiquement, le rapport entre ces gens, tu te poses la question. Donc ça parle évidemment d’identité et d’histoire. Mais ce n’est pas ce que je vois en premier, dans ce projet. Je suis d’abord embarqué par l’imaginaire de Gabrielle, par l’impulsion du voyage."
Pourtant, c’est aussi à partir du sens historique des photographies que la plasticienne imagine ses retouches : "J’aime jouer là-dessus, pour chatouiller un peu le spectateur, pour l’interpeller. L’histoire de l’île est très complexe, le rapport entre les cultures est complexe, et je trouve que ces photos d’époque cassent beaucoup de préjugés."
ON RÉCAPITULE
En un peu moins d’une heure, Escales Argentiques propose une errance imaginaire, esthétique et musicale à travers l’univers visuel de photos d’archives de l’Océan indien. Retouchées par Gabrielle Manglou, mises en musique par La 25e Corde, ces vieilles images racontent (un peu) l’histoire, et (surtout) plein d’histoires. Ce film-broderie tournera en juin au Séchoir, au Théâtre sous les Arbres et à Léspas.
loisirs





Des Gens qui s'embrassent
Upside Down