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Biennale Arts Actuels Réunion
L’heure du bilan approche pour l’ambitieuse biennale des arts actuels du Port. Accouché dans la douleur, à court de moyens, le projet emmené par Alain Séraphine porte pourtant de belles promesses d’avenir.
La biennale voulait frapper un grand coup. En investissant un lieu monumental, en développant des partenariats avec la Chine, en annonçant de grandes ambitions, Alain Séraphine entendait inscrire l’événement dans la durée. Mais le discours ample, les formules amusantes et les nobles aspirations du fondateur des Beaux Arts dissimulent mal un cruel manque de moyens.
Sur place, force est de constater que la biennale n’est pas encore la machine efficace qu’elle aimerait devenir. Tout marche encore à la débrouille. Les artistes étrangers invités à mettre en oeuvre leur projet sont logés à Dos-d’Âne et livrés, pour leurs déplacements jusqu’au Port, aux caprices des cars jaunes. La barrière de la langue, les difficultés et les délais pour obtenir les matériaux nécessaires à l’aboutissement des oeuvres, les trajets compliqués ont rendu difficile la finition des installations, pour un résultat assez inégal.
Enfin, le lieu d’exposition a changé en cours de route, passant du parc boisé, pour lequel les projets avaient été spécialement conçus, à un vaste hangar des enceintes portuaires, où certaines oeuvres perdent la force que leur aurait donné un environnement naturel. Ainsi, il faut imaginer ce qu’aurait donné cet improbable guetteur nu, fabriqué par le Chinois Diao Wei accroché à la branche d’un arbre en pleine nature, scrutant les montagneux lointains de l’île.
Reste que l’idée est belle. En dépit des hics dans l’organisation, des retards, des petits frottements entre l’équipe dirigeante et les artistes locaux dus à des erreurs dans les conventions de défraiement, malgré le gigantisme du magasin 80 qui écrase un peu la scénographie, les oeuvres sont là. Même mal éclairées, même parfois inabouties, hors contexte, elles sont porteuses de belles promesses.
Le travail photographique bigarré de Leïla Decomble a quelque chose de tendrement pathétique, l’énorme cheval naïf de Min Theing Sung (Myanmar) rappelle aux adultes une enfance déjà vieille, les céramiques et les tableaux du Sud-Africain Nelson Makamo vous éclatent à la figure.
Cette biennale accouchée dans la douleur aura aussi permis à des artistes encore jeunes d’expérimenter avec les moyens du bord, de sortir de leur univers habituel. Kid Kreol et Boogie, par exemple, qui jusque-là ne faisaient que de la peinture, ont pu s’essayer au volume, avec un gigantesque dormeur en bagasse, qui se désagrège lentement dans des relents de décomposition organique.
Et si, en sortant, on est un peu déçu, c’est qu’on sent le potentiel des artistes, du lieu, et qu’on imagine bien ce que ça aurait pu donner, avec une organisation mieux rodée. Espérons que l’appel aux mécènes lancé par l’association ANTIGONE, qui porte la biennale, donnera à la prochaine édition des moyens plus à la mesure de ses ambitions.
Jusqu’au 12 décembre : Le Port > Les Quais > Magasin 80
Texte : François GAERTNER // Photos : Freddy LECLERC
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