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Liberté, Égalité, Créolité

20 Désamb’

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Alors que de belles manifestations se préparent autour de la Fèt Kaf, nous avons souhaité consacrer un dossier qui nous ramène cent cinquante ans en arrière, au coeur de la période coloniale, dans son aspect le plus terrible : l’esclavage. Chacun sait l’importance du devoir de mémoire, et il nous a semblé important, à l’heure où l’abolition de l’esclavage est fêtée aux quatre coins de l’île, de revenir sur ce chemin qui conduisit à ce commerce effroyable d’êtres humains.

PROGRAMME DETAILLE DES MANIFESTATIONS DANS L’ILE EN CLIQUANT ICI.


Quelques pages ne suffisent bien sûr pas pour développer cette période si longue, de l’abolition de la traite, en 1815, à l’abolition de l’esclavage, en 1848. Nous aurions pu évoquer l’incroyable arrivée à La Réunion de Sarda Garriga, à l’initiative de Victor Schoelcher, le 13 octobre 1848, et sa confrontation avec l’Assemblée des propriétaires du Nord de l’île qui lui demande de reporter, jusqu’à la fin de la campagne sucrière, l’application du décret d’abolition qu’il est pourtant venu apporter en main propre : il eut le cran de refuser, et de promulguer le décret d’abolition le 18 octobre. Nous aurions pu aussi revenir sur le travail de terrain de cet homme, et le remarquable doigté dont il fit preuve pour exhorter la population au calme et au travail, jusqu’à cette date si belle du 20 décembre. Nous avons préféré laisser les chiffres vous parler d’histoire, ils ont la puissance du détail et nous ont paru évoquer avec plus de force la réalité du phénomène que de longues phrases. Pour le reste, nous avons choisi l’angle de la culture, que nous défendons depuis 6 ans, tant la quête de liberté nous semble être une valeur identitaire des artistes de l’île.

POINT DE VUE

Il a fallu attendre 1983 pour que le 20 décembre devienne un jour férié à La Réunion, mais la manifestation est aujourd’hui l’un des plus grands événements culturels de l’île. Avec des défilés, des projections, des villages thématiques, des débats et des conférences organisés dans toute l’île, les festivités du 20 décembre sont également un temps fort pour les nombreuses associations qui oeuvrent à la transmission d’une histoire commune.

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Photo : Marine Clain

Pour donner la parole à un artiste de la nouvelle génération sur la question du 20 décembre, nous avons posé 3 questions à Gaël, chanteur et fonnkézèr du groupe Kréolokoz. En créole dans le texte !

L’Azenda : Que symbolise pour toi cette date du 20 décembre ?

Gaël : Pou mwin sé in dat i mèt la Frans anlér, ankor in fwa ! Amwin mi préfér ké bann Réyoné i apropri azot zot prop Listwar, pou konèt Listwar bann révolt, konm la révolt 1811 ! Konèt Listwar Maronaz, pa solman lésklavaz ! Sé konmala ké nou sra gabié dan nout vi ! Nou sra fiér d’konèt ké nout zansèt la soubat, la lèv la tèt, la pa aksèp lésklavaz ! Fo nou koné ké maronaz té for Larénion ! Labolision lé in larnak paské la zamé u d’ réparasion pou zésklav ! Sé bann zésklavazis ké la u réparasion ! Nou la pran in fo dépar. parlfèt, zordi ankor sé nou mèm lé dosou, dann kal la sosiété. Nout la érit de léskluzion, du mépri, de lidé ké nou lé infériér !

Zordi néna in klas de privilézié, mi konstat ké nou fé rarman parti de sèt klas ! Bann zésklavazis lé glorifié, (Desbassyns, Kerveguen, Mahé Labourdonnais, De Villèle, Panon, Compagnie des Indes etc...) nou rotrouv zot non dési bann non d’ru, zot na zot statu, sé in gran mépri pou lo pèp Réyoné ! Tousala i fo suprimé ! Tout pèp la bezwin konèt son éro. Okontrér de sa, nout bann référans lé étoufé ! Zélindor, Elie, lo rwa Phaonce, Eva, Simangavol, Furcy, nou oubli banna, alor ké banna i pé sérv anou de fors pou nou avansé ! Nout Listwar lé ankor dan lo déni, pir, nou lé dan lo déni de nou mèm. Tousala i kontribu a pèz anou atér, pou ténir anou dann kal la sosiété ! I priv anou de nout fors (Listwar, lidantité, la lang, repér kiltirèl…). Konsékans : Zordi bonpé Réyoné lé inibé, akokiyé, ézitan, prèsk aliéné, na pwin lanbision ! Nou krwa pa an nou. Difisil de dir ké nou la fini sort de lésklavazism, é du kolonilialism !


L’Azenda : Kréolokoz développe un répertoire « Maloya-Fonnkér ». Y-a-t-il selon toi un lien entre Maloya et abolition de l’esclavage ?

Gaël : Pou mwin na pwin vréman d’lyin ant Maloya èk labolision, paské Maloya sé pa in libérté doné, sé in libérté rashé ! Maloya sé in révolision, pa in labolision ! Na pwin d’lyin, parské mèm apré labolision, Maloya té ankor intérdi. Li té intérdi mé vivan, li la soubat pou égzisté ! Pou mwin lésans Maloya lé la, sé la révolt, linsoumision. Sé sa Maloya !


L’Azenda : Les municipalités de l’île portent un intérêt croissant à cette commémoration. Que penses-tu de cette évolution et des festivités organisées pour le 20 décembre ?

Gaël : Zordi na désértin i rod fé karnaval 20 désanm, pou touf la violans istorik néna dan lo « fèt Kaf » ! Lontan la rod pou apèl sa « fête des letchis », koméla la Région i vé apèl sa « fête de la liberté métisse », pou touf lo mo « kaf », paské lé pa asé kart-postal pou lo tourism ! d’in not koté, na kanmèm bann méri i fé in travay de mémwar, i roganiz sobatkoz, konférans tousala. Mé i fo anou osi, domoun, nou roganiz kabar, pou kozé, pou romaziné ! Fo tir lo tabou, pou nou avansé ! Larénion la bezwin grandi, pou sa i fodré bann boulvérsman profon.

SALAIRE DE LA BARBARIE

En matière de barbarie, l’esclavage a offert son lot d’anecdotes particulièrement macabres. Ainsi, si la mise à mort est abrogée le 4 mai 1775 pour les esclaves ayant fuit leur maître, elle est remplacée par les travaux à perpétuité et les fuyards subissent un châtiment corporel atroce : une fleur de lys est inscrite au fer rouge sur leur joue gauche. Pour effectuer ces peines corporelles, des bourreaux étaient rémunérés. Ainsi, avant 1775 percevaient-ils leurs émoluments sur une grande quantité en nature des marchands des halles (c’est ce qu’on appelait le droit de havage). Après cette date, le droit de havage ayant été aboli, le bourreau facturait, si l’on peut dire, à l’acte. Ainsi, chaque châtiment entraînait une rémunération. Des historiens témoignent ainsi que le fouet rapportait entre 15 sous et 4 livres au bourreau, la somme finale dépendant du nombre de coups donnés. Couper une oreille et apposer une fleur de lys au fer rouge était rémunéré 4 livres. Le jarret et la fleur de lys, 8 livres. Quand il était demandé au bourreau d’interroger les esclaves sous la torture (qui consistait à le rouer de coups et à le brûler), le bourreau percevait 18 à 21 livres. Pour désigner cette torture ultime, on utilisait l’euphémisme « donner la question ». Mais la barbarie, elle, était bien réelle.

LE CHASSEUR DU FORMICA

Autres figures de la barbarie, les chasseurs d’esclaves. L’histoire bourbonnaise a retenu le nom de trois d’entre eux : François Caron, Jean Dugain (1717-1787) et François Mussard. Attirés par la prime de trente livres promise par le conseil supérieur de Bourbon en 1726, ces chasseurs d’esclaves font régner la terreur dans les Hauts de l’île. Paradoxe de l’histoire, Jean Dugain tirera de ses macabres expéditions une connaissance approfondie des Hauts de l’île. Ainsi, si l’on en croit les écrits d’Honoré de Crémont (1731- v.1800), ordonnateur de l’île Bourbon qui a donné son nom à une rue de Saint-Denis, Jean Dugain, dont les activités de chasseurs lui font parcourir de nombreux sites inaccessibles de l’île, deviendra le personnage incontournable des expéditions scientifiques dans l’île, aux côtés de Joseph Hubert, un botaniste bien connu. Et c’est lors d’une expédition en compagnie d’une quinzaine de personnes qu’il sera le premier à voir se former, en 1753, dans l’Enclos Fouqué, le petit cône volcanique appelé aujourd’hui Formica Leo.

LE 20 DÉCEMBRE DANS LES LIVRES

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Les commémorations de l’abolition de l’esclavage sont une formidable occasion de découvrir ou redécouvrir cette période sombre de notre histoire.

S’il ne fallait garder qu’un livre sur l’esclavage, ce serait sans doute Le Grand livre de l’esclavage, sous-titré Des résistance et de l’abolition. Paru chez Orphie en 2010 sous la plume de Gérard Thélier, il vaut assurément le détour, tant pour ses chapitres clairs et précis que par la très riche iconographie, parfois effroyable, rassemblée par Pierre Alibert.

La grande force du livre réside dans le fait que l’auteur a voulu, dans chacune des parties qu’il développe, présenter un aspect de l’esclavage. Ainsi, évoque-t-il tour à tour les « foires aux esclaves », l’embarquement de ceux-là sur les côtes mozambicaines, leur fuite, le marronnage, les poursuites implacables des « chasseurs de noirs », l’habitat des peuples asservis et tant d’autres aspects de cette période où le commerce d’êtres humains ne choquait que bien peu d’âmes.

Gérard Thélier, Le Grand livre de l’esclavage : Des résistances et de l’abolition, Éditions Orphie, 2010 – 21€


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Les amateurs d’histoires curieuses se plongeront avec bonheur dans le livre de Prosper Ève, professeur d’histoire à l’Université de La Réunion et président de l’Association historique internationale de l’océan Indien.

Cet universitaire a consacré il y a quelques années un livre passionnant sur un aspect peu connu de la période esclavagiste : le mariage des esclaves.

Avec force détails, tableaux, et statistiques, il nous dresse un tableau exhaustif de l’amour sur une île, appelée encore Bourbon, et qui réservait alors si peu d’humanité aux personnes n’ayant pas eu la chance de naître libres.

Prosper Ève, Variations sur le thème de l’amour à Bourbon à l’époque de l’esclavage, Conseil général de La Réunion, 1999 – 11€


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Les férus de littérature romanesque n’hésiteront pas, quant à eux, à lire le formidable récit de Mohammed Aïssaoui, paru l’an passé aux éditions Gallimard, et qui vient de sortir en poche, dans la collection « Folio » : L’Affaire de l’esclave Furcy.

L’auteur, journaliste au Figaro littéraire, se fait le chroniqueur minutieux de la vie de l’esclave Furcy, qui assigna son maître en justice en 1817 en réclamant son statut juridique d’homme libre.

Commencera alors pour lui un interminable et courageux combat judiciaire, qui ne trouvera son dénouement que le 23 décembre 1843, et que l’on ne révélera pas ici, tant cela nuirait au style haletant du récit qui remporta en 2010 le prestigieux Prix Renaudot.

Mohammed Aïssaoui, L’affaire de l’esclave Furcy, Éditions Gallimard, coll. « Folio » 2011 – 5,50€


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Image de Une  : L’Émancipation à la Réunion, par Alphonse GARREAU. Paris, musée du quai Branly, AF 14790 © RMN / Photo Jean-Gilles Berizzi

les réactions à cet article
le 19 décembre 2011 à 17:14, par yamaca
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C’est une honte pour l’humanité ! Nous commémorons pour ne pas oublier ! Faut-il entendre que si nous ne commémorions pas nous oublierions ? Ce que je crois être, de la pensée humaine… N’avons-nous pas dit plus jamais ceci , cela…Plus de shoah, plus d’Hiroshima , plus guerre…plus de subprimes. Nous finissons par entendre : Plus d’esclavage, encore plus…C’est bien ce à quoi nous sommes arrivés !!! Chanter, danser, Maloya, décorez Lazaret. Une bonne pluie par la dessus, comme nous en avons ici sous les tropiques, et tout est remis à neuf…ou à douze…2012 !!! N’oubliez pas, 2012 faites de la commémoration…fête Caf !!!

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