Témoignages se meurt, c’est la faute à la crise, pas au PCR

Journal témoignages

Confronté à de "graves difficultés financières", le journal Témoignages, fondé le 5 mai 1944 par le docteur Raymond Vergès, lance un appel à la solidarité dans son édition du lundi 11 mars 2013. Interrogé par Imaz Press Réunion, Manuel Marchal, rédacteur en chef de Témoignages, indique que le journal "subit de plein fouet la crise" et précise qu’il n’y a "pas de lien" entre la mauvaise situation du quotidien et les mauvais résultats enregistrés par le PCR (parti communiste réunionnais) aux dernières élections législatives. "C’est un problème économique, pas idéologique", souligne-t-il. Manuel Marchal estime par ailleurs que le passage au tout-numérique n’est pas la solution. A noter que depuis quelques jours le journal n’est plus vendu dans les différents points de vente de l’île (librairies, bars, stations services etc). Il n’est disponible que sur abonnement

Fondé le 5 mai 1944 par le Docteur Raymond Vergès, le journal Témoignages "risque de disparaître" selon l’expression de Manuel Marchal. "Nous sommes dans un contexte de crise à La Réunion et dans le monde. La presse écrite n’est pas épargnée", rappelle-t-il pour expliquer la situation financière dans laquelle se trouve l’organe de presse du PCR. "Témoignages subit de plein fouet la crise parce que c’est un petit journal et qu’il est plus vulnérable qu’un autre à ces aléas de la conjecture. Nous sommes un journal d’opinion, nos marges de manoeuvre sont moins larges", ajoute-t-il.

Ces difficultés financières n’ont-elles rien à voir avec le contenu du journal, qui manque peut-être d’informations et ne suscite plus l’intérêt des lecteurs ? "Témoignages est un journal d’opinion, il l’a toujours été, et s’assume pleinement en tant que tel", répond Manuel Marchal, précisant que "Témoignages n’ira pas dans le sens de la pensée unique".

"Il y a une diminution mécanique des recettes et je pense que tous les médias sont concernés. En fonction de la taille du média, et de sa capacité de résistance, cela fait plus ou moins de dégâts" poursuit le rédacteur en chef. "En ce qui concerne Témoignages, nous en sommes arrivés au point où nous devons lancer un appel à la solidarité pour qu’on puisse passer le cap de la crise", indique Manuel Marchal. "Témoignages a besoin de vous. Nous sollicitons la solidarité la plus large, celle pour laquelle nous avons constamment oeuvré depuis notre premier numéro", peut-on ainsi lire dans l’édition de ce lundi 11 mars 2013.

Concrètement, cette solidarité se décline selon trois axes. "Il y a une campagne d’abonnement qui est portée par les sections du parti communiste réunionnais. Les sections s’investissent également pleinement dans la diffusion de vignettes de soutien. Il y a 50 000 vignettes à 2 euros à écouler en trois mois pour obtenir 100 000 euros. Et il y a un appel plus large à la solidarité de tous les Réunionnais qui veulent bien nous aider", précise Manuel Marchal. "Il faut prendre conscience qu’un journal qui disparaît, c’est une atteinte à la liberté de la presse, il s’agirait d’une nouvelle régression à La Réunion", ajoute-t-il.

Quant à savoir si la crise rencontrée par Témoignages n’est pas le reflet de la crise rencontrée par le PCR, Manuel Marchal répond : "La crise se situe aujourd’hui dans tous les domaines, y compris celui de la politique. On le voit dans tous les partis. En ce qui concerne Témoignages, c’est une crise économique qui nous touche, pas une crise idéologique". Il précise qu’au PCR, "les choses sont bien claires : tout doit être fait pour sauver Témoignages".

Pour cela, la solution ne serait-elle pas de miser sur le tout numérique ? "C’est un aspect délicat", répond Manuel Marchal. "Jusqu’à présent, les journaux qui ont fait le pari de tout miser sur le numérique n’ont pas vu leurs difficultés se résoudre, bien au contraire. France Soir qui a basculé dans le tout numérique, ça n’a été que reculer pour mieux sauter. La Tribune a également de grandes difficultés", note-t-il. "Le papier reste quand même indispensable", estime-t-il, ajoutant que "le numérique ne doit pas être vu comme quelque chose qui doit sauver, mais comme quelque chose qui vient en complément".

Le tirage de Témoignages est de 2 500 exemplaires par jour actuellement. Interrogé sur le nombre de journaux vendus par jour, Manuel Marchal ne donnera aucun chiffre. "Je ne sais pas exactement, mais je pense que si on tire à 2 500 exemplaires, les ventes doivent se rapprocher de ce chiffre-là", dit-il. Des ventes qui se font uniquement par abonnement depuis une semaine, puisque plus aucun point de vente n’est livré. 

Des changements seront-ils apportés au journal si Témoignages obtient l’aide espérée ? "Si on obtient cette aide, la modernisation que nous avons entamée va continuer. Depuis quelques mois, nous avons une version tout en couleurs du journal et nous pensons étoffer le concept avec de nouvelles rubriques, comme la culture. Mais pour cela, nous aurions besoin de moyens supplémentaires. Nous verrons cela après être sorti de la crise", souligne Manuel Marchal.

Reste à savoir si le journal parviendra à se relever. Jusqu’à la fin des années 1980, Témoignages est resté un grand quotidien, complet. Toutefois, la mort de Laurent Vergès – qui avait repris la direction du journal – en 1988 a marqué le début du déclin de Témoignages. Depuis une quinzaine d'années, le journal semble ne plus susciter un grand intérêt auprès des lecteurs réunionnais. Au nom de la démocratie, du pluralisme et de la liberté de la presse, Imaz Press Réunion souhaite à Témoignages de pouvoir surmonter cette crise.

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