Les gendarmes réunionnais veulent être traités comme les métropolitains

Photo : Imaz Press Réunion

Ce lundi 12 mars 2018, un collectif composé d’une quarantaine de gendarmes s’est rassemblé auprès de l’avocat Maître Alain Antoine au sujet des différences de traitement concernant les mutations. Les Réunionnais estiment être lésés dans l’attribution des bénéfices de campagne. Tandis que leurs collègues de Métropole voient leurs années travaillées sur le département d’Outre-Mer comptées comme double, il n’en est rien pour eux. Première phase : un appel à la médiation. Si elle se solde par un échec, une procédure judiciaire au tribunal administratif est envisagée.

C’est un cri du coeur. Inédit, et pour cause : ce collectif composé d’une quarantaine de gendarmes est dans l’impossibilité de s’exprimer publiquement. Faute au devoir de réserve, qui pourrait leur valoir des sanctions. Ces militaires ont décidé de franchir une première étape en s’exprimant par le biais d’un avocat. Le sujet de leur colère ? Les conditions d’octroi des bénéfices de campagne.

En d’autres termes, les différences de traitement concernant les mutations pour les gendarmes originaires et non originaires de La Réunion. Ce lundi, l’avocat Maître Alain Antoine a offert à une trentaine d’entre eux une tribune, face à la presse. À leurs côtés, leurs épouses. Elles aussi se sont rassemblées sous un collectif, bien décidées à soutenir leurs maris dans cette démarche. Pour le moment, cette dernière vise la mise en place d’une médiation. Avant la possibilité d’une saisie du tribunal administratif. Considérant qu’il s’agit là d’une "discrimination", Maître Antoine a par ailleurs précisé qu’il écrirait au Défenseur des Droits dès la semaine prochaine.


Maître Antoine défend un collectif de gendarmes qui déplore une différence de traitement pour les mutations entre les originaires et non originaires de #LaReunion pic.twitter.com/Ti4youDtRY
— Maëva Pausé (@maepause) 12 mars 2018


 

La réglementation prévoit que tous les gendarmes puissent rester sur un département d’Outre-Mer pendant 11 ans (6 ans + 3 ans + 1 an + 1 an). Un gendarme détaché vers un Dom voit une année travaillée comptée comme double : une année travaillée pour deux années de retraite. C’est la norme et c’est ce que l’on appelle les "bénéfices de campagne". Sauf que ceux originaires de La Réunion n’en bénéficient pas. Dans un circulaire daté de 2012 et portant sur l’attribution des bénéfices de campagne au profit des militaires originaires d’Outre-Mer, la direction générale de la gendarmerie nationale indique que "le droit aux bénéfices de campagne ne peut pas être reconnu aux militaires originaires affectés dans leur territoire et pays d’outre-mer d’origine".

De plus, les gendarmes originaires de La Réunion qui bénéficient d’une affectation sur l’île sont amenés à être réaffectés en Métropole. En sachant que leur première affectation se fait obligatoirement sur le territoire métropolitain. Cette situation concerne l’ensemble des départements d’Outre-Mer. La Guadeloupe a ainsi tenu à apporter sa voix au chapitre par téléphone ce lundi. "C’est la première fois que nous avons réussi à rassembler autant" se réjouit l’un d’entre eux.

- "Pourquoi cette double peine pour l’originaire ?" -

Le collectif des épouses de gendarmes réunionnais a tenu à manifester son soutien : "Si vous êtes né dans un Dom, vous n’aurez pas les mêmes droits qu’un Métropolitain ou un Corse. Nos enfants doivent constamment s’adapter... pourquoi cette double peine pour l’originaire d’un Dom ?" déplore l’une d’entre elles.

"Notre action ne va pas l’encontre de nos collègues métropolitains. On se bat pour avoir au moins l’égalité. Soit on peut rester définitivement sur l’île, soit on ne peut pas mais on a les bénéfices" souligne l’un des gendarmes. Première étape : alerter les pouvoirs publics, dans l’espoir qu’un député ou un haut fonctionnaire de la gendarmerie se manifeste et qu’il puisse y avoir médiation et discussion. Si cette phase ne fonctionne pas, ils comptent "saisir le tribunal administratif" pour faire valoir leurs droits.


Différences de traitement au sujet des mutations entre les gendarmes réunionnais et métropolitains - Pour Maître Antoine, il y a "discrimination" pic.twitter.com/QsyNIdDH4a
— Maëva Pausé (@maepause) 12 mars 2018


 

"Nous prendrons la voie judiciaire. Je saisirai le Défenseur des Droits et lui demanderai une position officielle. Il y a des choses qui m’échappent et pour moi il y a discrimintation" estime Maître Antoine. Et si sanctions il y a à l’égard des gendarmes pour s’être élevés, ils comptent se "faire entendre autrement". Une chose est sûre : les militaires ne veulent plus se taire.

mots clés de l'article : gendarmes , Réunion , gendarmerie , avocat , La Réunion , traitement , mutations , Actu , Actus Reunion , différences , bénéfices de campagne

à voir également en vidéo

suivez-nous