Ça bouge encore au Piton de la Fournaise

Mardi 25 août 2015 - Eruption au Piton de la Fournaise

Ce jeudi 31 août 2017, l’Observatoire volcanologique a publié son bulletin analysant l’activité mensuelle du Piton de la Fournaise. Ce mois-ci a marqué la fin de l’éruption ayant débuté le 14 juillet. En 31 jours, environ 9 millions de m3 de lave ont surgi du volcan. Élément notable : deux migrations de magma se sont produites en profondeur à la fin de l’éruption. Nous publions le bulletin de l’OVPF dans son intégralité ci-dessous. (Photo archives)

L’éruption débutée le 14 juillet 2017 (00h50, heure locale) s’est poursuivie jusqu’au 28 août 2017 (03h00, heure locale), date à laquelle le trémor volcanique (témoin d’une activité de surface ou de faible profondeur) a disparu des enregistrements sismologiques de l’OVPF. L’activité sismique, la déformation de l’édifice et le dégazage enregistrés au cours du mois d’août 2017 ont ainsi été principalement associés à cette éruption.

Sismicité

Au mois d’Août 2017 (jusqu’au 31 Août, 12h- heure locale), l’OVPF a enregistré au total :

 - 77 séismes volcano-tectoniques superficiels (0 à 2 km de profondeur), dont 93% (72 événements) ont été enregistrés depuis le 16 Août dans le secteur sud – sud -est à l’intérieur de l’Enclos Fouqué (Figure 1). 42 de ces séismes ont été enregistrés depuis la fin de l’éruption (entre le 28 et le 31 Août). Les 7% restants ont été localisés sous les cratères sommitaux la première quinzaine d’Août ;
 - 1 séisme profond (> à 2 km de profondeur) ;
 - 97 effondrements (dans le Cratère Dolomieu et au niveau du rempart de l’Enclos Fouqué) ;
 - 14 séismes locaux (sous l’île, côté Piton des Neiges) ;
 - 1 séisme régional (dans la zone Océan Indien).

Déformation

Suite à l’injection de magma vers la surface dans la nuit du 13 au 14 juillet 2017, le volcan a connu une phase d’inflation (gonflement) pendant les 3/4 de l’éruption, témoignant d’une mise en pression en profondeur. Cette inflation s’est arrêtée aux alentours du 15 août. Depuis aucune tendance ne ressort du bruit de fond et les signaux GPS sont relativement stables.

Géochimie des gaz

- Emissions atmosphériques de SO2

Les flux et les concentrations de SO2 dans l’atmosphère au sommet du Piton de la Fournaise ont diminué progressivement tout le long de l’éruption débutée le 14 Juillet et donc tout le long du mois d’août ; cela est à mettre en relation avec la diminution continue de la quantité de magma émise par le volcan au cours de l’éruption. Une dernière et courte phase d’augmentation modérée des émissions de SO2 a été détectée le 18 août. Depuis, les flux et les concentrations de SO2 sont restés proches de la limite de détection.

Emissions de CO2 par le sol

Le début de l’éruption du 14 juillet a été précédé par une phase de diminution des émissions de CO2 par le sol en champs proche (Gîte du Volcan) puis marqué par une augmentation rapide et de courte durée. Depuis le 8 août, une tendance à l’augmentation des émissions de CO2 par le sol dans le même secteur est mesurée.

Bilan de l’éruption du 14 juillet (00h50, heure locale) - 28 août (03h00, heure locale)

Au cours des 45 jours d’éruption, du 14 juillet - 28 août 2017, moins de 10 millions de m3 de lave ont été émises en surface.
Après de forts débits de lave (22-30 m3/s) enregistrés le premier jour de l’éruption, les débits moyens, estimés par imagerie thermique satellite via les plateformes MIROVA (Université de Turin) et HOTVOLC (OPGC - Clermont Ferrand) ont baissé progressivement tout au long de l’éruption, passant de 5 à < 1 m3/s.

Cette baisse progressive des débits de lave s’est accompagnée d’une baisse de flux de SO2 dans l’air.

Le champ de lave associé à l’éruption a très peu évolué au cours de l’éruption. L’extension maximum a été atteinte dès les premiers jours de l’éruption, avec une longueur maximale de 2.8 km. Par la suite la coulée s’est légèrement élargie mais la croissance s’est principalement faite par un épaississement du fait d’une activité majoritairement en tunnels de lave et de débits extrêmement faibles.

Les déformations associées à la migration du magma vers le site éruptif (dans la nuit du 13 au 14 juillet) se sont concentrées sur la partie sud et est du volcan et n’ont pas excédé 30 centimètres. Les données satellites (interférométrie radar) associées à cette injection du 13 juillet montrent que les déformations ne sont pas propagées au-delà de la fissure éruptive.

Migration du magma en profondeur à la fin de l’éruption

Un certain nombre d’indices montre que deux migrations de magma se sont produites à la fin de l’éruption. Sans être exceptionnelle cela n’est pas commun.

Associés à la reprise de la sismicité sur le secteur sud-sud est le 16 août, et au pic de SO2 le 18 août, les données satellites ont mis en évidence en août des zones de déformations (en inflation) plus en aval de la fissure ouverte le 14 juillet. Ces zones de déformation en inflation (gonflement) correspondent à deux injections de magma.

Sous l’impulsion de remontées de magma lors de la première phase de l’éruption (inflation jusqu’au 15 août), le système d’alimentation s’est pressurisé permettant ainsi au magma de continuer sa propagation plus en aval vers le sud - sud-est, sous la forme de deux intrusions qui se sont produites entre le 07 et le 25 août (dates d’acquisition des images satellites). La variation rapide en émissions de SO2 pourrait indiquer une première intrusion à faible profondeur le 18 août. La deuxième phase d’intrusion, quant à elle, s’est très certainement mise en place dans la nuit du 24 au 25 août lorsqu’un essaim sismique a été enregistré sur le réseau sismologique de l’OVPF et localisé dans ce secteur.

Les survols effectués par la Section Aérienne de Gendarmerie et le personnel de l’OVPF le 25 août indiquent qu’aucune nouvelle fissure associée à ces deux injections ne s’est ouverte en surface.

Compte tenu de la faible extension spatiale des déformations associées à ces deux intrusions, les stations géodésiques (GPS, inclinomètres, extensomètres) au sol, qui sont en dehors du champ de déformation, n’ont pas enregistré de signaux particuliers. En revanche la sismicité enregistrée depuis le 16 août se situe dans la zone intrudée par le magma.

En conclusion : suite à l’arrêt de l’éruption, la sismicité sous la région sud-est de l’Enclos Fouqué se poursuit et les concentrations en CO2 dans le sol en champ proche restent élevées. De ce fait, aucune hypothèse n’est écartée quant à l’évolution de la situation (reprise d’une activité ou non).

mots clés de l'article : Volcan

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