Agriculture - Cinq défis à relever en 2017

photo imaz press reunion

Ce début d’année 2017 est l’occasion de faire le bilan de l’année qui vient de s’écouler et de parler d’avenir pour deux organisations agricoles, qui ont rencontré la presse cette semaine. Imaz Press a recueilli les craintes et les espoirs de Frédéric Vienne, président de la Fédération Départementale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FDSEA) et de Bruno Robert, président du syndicat des Jeunes agriculteurs 974.

 


La FDSEA veut plus de viande péi dans les rayons des grandes surfaces de l’île


Ce jeudi, la FDSEA en a profité pour "mettre un ultimatum" aux grandes surfaces. Selon son président, Frédéric Vienne, ces dernières auraient récemment augmenté les quantités de viandes congelées importées, au dépens de la production péi. Ainsi, le porc péi ne représenterait que 42% de la consommation locale, et pour le poulet, les volumes de viande congelée importée auraient augmenté de 2000 tonnes entre 2013 et 2014, avance la FDSEA. "C’est un avertissement qu’on lance aux grandes surfaces, si en 2017, rien n’est fait pour augmenter la part de viande péi dans les rayons, chacun devra prendre ses responsabilités", prévient-il. 

 




Leucose bovine, fièvre aphteuse : ces maladies qui menacent l’élevage


Mais le problème, c’est que la viande péi, et surtout la viande bovine, traversent depuis plusieurs années d’importantes crises sanitaires. Après l’importation de vaches "malades", selon l’association de l’association de défense des agriculteurs réunionnais (Afedar), au début des années 2000, une catastrophe contagieuse a parcouru les élevages. De la viande au lait, la vache ne serait toujours pas en très grande forme sur l’île. Imaz Press avait notamment recueilli le témoignage d’Eugène Ferrère, éleveur à la Chaloupe Saint-Leu dont le cheptel a été décimé (notre reportage à lire en intégralité ici)

Néanmoins, Frédéric Vienne tend à minimiser l’impact de la leucose sur l’ensemble de la filière. Lui, ce qui l’inquiète, c’est la fièvre aphteuse, qui sévit à Maurice et Rodrigues. En septembre dernier, des milliers de bêtes avaient ainsi dû été abattues, notamment des bœufs, des cabris, des moutons et des porcs, en raison d’une épizootie de fièvre aphteuse. "En pleine période de vacances scolaires, il faudrait que les vacanciers soient mieux sensibilisés pour éviter de ramener cette maladie à La Réunion", insiste le président de la FDSEA. 
 




Manque de foncier ou de financement, transmissions compliquées, etc : Difficile de faire la place aux jeunes



Alors qu’il faut entre 100 à 300 000 euros pour qu’un jeune agriculteur puisse monter son exploitation, la tâche est de plus en plus ardue à La Réunion, selon Bruno Robert, président des Jeunes agriculteurs 974. En 2016, le syndicat, qui a accompagné la création de 28 exploitations, s’est donc mobilisé pour trouver des solutions financières aux jeunes désireux de se lancer. "Nous sommes en passe de réformer les prêts bonifiés Jeunes Agriculteurs qui ne sont plus efficaces afin de rendre le dispositif à nouveau attractif.



Autre combat : faire valoir les spécificités des exploitations réunionnaises, mises à mal avec l’adoption de la loi d’avenir agricole (LAA). "Si en métropole un agriculteur sur trois n’est pas remplacé c’est loin d’être le cas en Outremer ou la pression foncière reste forte. Du coup, les assouplissements permis par la LAA ont conduit à des dérives à La Réunion, regrette Bruno Robert. En un an, 70% des autorisations d’exploiter ont été délivrées à des personnes qui n’avaient pas de projets sérieux, et ni les professionnels ni le préfet n’ont pas pu s’y opposer. Mais un gros travail auprès des ministres de l’Agriculture et de l’Outremer ont permis qu’un amendement sur ce sujet soit déposé et validé dans le cadre de la loi égalité réelle. Cet amendement a été adopté par la commission de préparation de la séance plénière ce qui nous laisse penser qu’il sera adopté dans la loi.". 



Néanmoins, même si les JA considèrent qu’ils ont gagné deux batailles, les chantiers sont encore nombreux. "Le premier souci, c’est le foncier. Viennent ensuite l’encadrement économique et technique, car les exploitations agricoles sont des entreprises qui demandent beaucoup d’investissement". Et aujourd’hui, les jeunes doivent compter sur leur épargne pour se lancer, la transmission étant de plus en plus difficile. "Les retraites agricoles sont de l’ordre de 300 euros à La Réunion, alors qu’en métropole, on a une moyenne à 800 euros, ce qui n’incite pas les agricutleurs en fin de carrière à transmettre à leurs enfants ou à des jeunes", explique Bruno Robert.




La canne, incontournable mais toujours menacée


En 2015, La Réunion a produit 201 200 tonnes de sucre brut, soit les trois quarts de la production Outre-mer. Une broutille face au Brésil par exemple qui caracole à 33 millions de tonnes de sucre. Les quelques 3 084 exploitations qui ont livré leurs cannes aux deux usines sucrières de l’île représentent 39 % du nombre total d’exploitations agricoles dans l’île, selon une récente étude de l’Iedom. Aujourd’hui, un planteur gagne 76 euros de la tonne de canne produite, dont les deux tiers proviennent des aides publiques. "Mais 2017, on a une grosse échéance qui arrive", concède Bruno Robert. La libéralisation du marché européen du sucre et la fin des quotas, prévue pour octobre 2017, pourraient bien miner la filière réunionnaise (lire notre article sur le sujet).



Mais Bruno Robert veut y croire : "il y a un certain pessimisme sur cette filière mais nous les jeunes on est quand même optimistes. Les voyants sont au vert au niveau de l’Etat et de l’europe, on a eu des garanties, notre statut de région ultrapériphérique a été pris en compte", tempère-t-il. Le grand public n’a pas toujours conscience mais moi par exemple, je fais de la canne et je fais du maraîchage hors sol. Là je suis en train de produire de la tomate en période cyclonique. Si de demain y a un cyclone, en production de maraîchage, je vais perdre quasiment 100%, en canne, je vais perdre 30%, donc il y a quand même une garantie de revenus qui fait que la canne reste le pilier des exploitations".

 


L’après Minatchy


L’avenir de la filière canne se jouera d’ailleurs sans l’un de ses plus grands défenseurs, Jean-Yves Minatchy, qui a annoncé fin décembre 2016 qu’il ne serait plus président de la Confédération générale des planteurs et éleveurs de La Réunion (CGPER) en 2017. Après avoir quitté son fauteuil à la chambre d’agriculture il y a cinq ans, il devrait définitivement se retirer de la vie syndicale, à 69 ans, en ce début d’année.

 

ch/

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