Et si l’oeil d’Ava était passé sur La Réunion...

Vague La Possession Forte Houle Ava (photo rb/www.ipreunion.com)

Des éboulis à Cilaos et à Salazie, des axes inondés et fermés à cause de radiers submergés, de la houle sur la route du littoral basculée, des fortes pluies dans toute l’île... Voici quelques conséquences du premier système de la saison cyclonique Ava. Ce météore se trouvait pourtant à plus de 500 kilomètres de La Réunion en fin de semaine dernière. Mais il occasionnait de nombreuses perturbations sur le réseau routier notamment. Que serait-il arrivé si son oeil était vraiment passé sur La Réunion ? Le bilan aurait sans doute été différent et les dégâts plus élevés. (Photo d’archives)

 

Loin de nous l’idée de se plaindre ou de comparer notre situation à celle de Madagascar. Ava faisait plusieurs victimes et plus de 20.000 sinistrés dans la Grande Île. Des drames que notre département ne connaissait pas. Il subissait par contre son lot de fortes précipitations avec les différentes vigilances fortes pluies en vigueur dans le Nord, l’Est et le Sud-Est.

Rendez-vous compte : 470 millimètres à Gillot et à Cilaos, 640 mm à Menciol, 1.030 mm au Pas de Bellecombe, 1.070 mm à Bélouve ou encore 1.100 mm à la Plaine des Palmistes. Soit un niveau d’eau de plus d’un mètre ! Ce lundi matin 8 janvier 2018, on comptait plus de 5 kilomètres d’embouteillage entre le rond-point du Sacré Cœur au Port et le début de l’entrée de la route du littoral, basculée à cause de la météo dégradée.

Les véhicules devaient emprunter le Canal Bichique dans une seule voie pour rejoindre Saint-Denis depuis La Possession. Des bouchons importants alors que la circulation est à cette moment de l’année très fluide en raison des vacances scolaires.

Imaginez-vous une période de pointe hors-congés scolaires à 7 ou 8 heures du matin ? Et toujours avec une seule voie vers le Nord car la gestion ne peut se dérouler à cause de la vigilance forte houle, comme c’est le cas en ce moment. Un véritable enfer routier avec un réseau paralysé entre l’Ouest et le Nord. Sans oublier la houle. Ce lundi, sur la route en corniche, elle avoisinait -seulement- 2 mètres à 2 m 50 en hauteur moyenne.

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La semaine passée, les valeurs maximales atteignaient 5 m. Suffisant pour constituer un risque d’accident si jamais une vague s’abat sur votre pare-brise en plein dépassement sur les voies réduites… On ne s’attarde pas non plus sur les éboulis ayant touché des voitures à Cilaos ou à Salazie, les routes coupées par des radiers submergés ou les rivières en crue.

Vu ces événements, on peut légitiment se demander ce qu’il se serait produit si un "vrai" cyclone avait ramené de la pluie sur nos têtes pendant plusieurs jours et avait déclenché dans le même temps des rafales de vent de près de 200 kilomètres heure ? La question mérite d’être posée. La route du littoral aurait sans doute été basculée pendant plusieurs jours ou semaines.

Sans écarter la possibilité de sa fermeture totale si des blocs rocheux tombaient à cause d’une falaise fragilisée par les fortes averses. Vous imaginez devoir emprunter la route de la Montagne le matin et le soir ou devoir passer par l’Est ou par la route des Plaines pendant plusieurs semaines ? Un parcours du combattant.

On peut aussi se poser la question suivante  : a-t-on oublié les conséquences provoquées par un phénomène cyclonique ? C’est bien possible tant les catastrophes naturelles semblent être un souvenir lointain. Vous vous souvenez peut-être de Bejisa. Le cyclone tropical frappait La Réunion le 2 janvier 2014 en passant à moins de 80 kms de nos côtes.

Une octogénaire trouvait la mort à Piton Saint-Leu et de nombreux dégâts étaient constatés du Port à Saint-Pierre : pylônes électriques et poteaux abattus, rues et maisons inondées, routes coupées, bateaux coulés…On peut aussi remonter à Gamède à la fin février 2007. Le cyclone tropical causait l’effondrement du pont de la Rivière Saint-Étienne à Saint-Louis, coupant ainsi le Sud du reste de La Réunion.

Lire aussi : Ava - Vigilance fortes pluies reconduite dans l’est et le sud-est

Houle du siècle, pluies diluviennes, route du littoral fermée plus d’une semaine, vents de plus de 200 kilomètres par heure… Des dégâts bien visibles sans oublier les deux morts recensés à l’époque. On a aussi tendance à délaisser les précautions les plus élémentaires de sécurité à cause de l’urbanisation galopante. Des constructions de maisons ou de murs qui empêchent les eaux de pluie venues des hauts de s’écouler normalement par exemple.

Et quand les averses deviennent trop fortes, certains murs cèdent face à la pression et aux phénomènes naturels. On vous épargne également certaines "kaz" construites en bordure de ravine ou même parfois, quand elles sont anciennes, à proximité des lits de ravines. Autres exemples : les inondations en pleine ville dans certaines communes.

Dans le quartier du Chaudron, à Saint-Denis, certaines voitures se retrouvaient sous les eaux du fait des importantes précipitations. Idem à la Saline-les-Bains où le niveau d’eau grimpait rapidement. Dans plusieurs autres endroits de l’île, les caniveaux sont parfois obstrués par les déchets ramenés par les pluies. L’eau ne s’écoule donc pas correctement car ces équipements ne sont pas toujours nettoyés ou débouchés régulièrement.

Même constat pour les buses installées sous les ponts. Elles sont parfois insuffisamment calibrées pour absorber le débit des pluies. Là, aussi, l’eau n’est pas évacuée comme il le faudrait. Sans vouloir tomber dans le catastrophisme, on ne veut pas imaginer les conséquences si un cyclone tropical s’abattait sur La Réunion avec des jours voire des semaines de précipitations et des rafales de vent de plus de 200 kms par heure.

On peut raisonnablement penser que les perturbations routières, les inondations et les dégâts causés par Ava ne seraient pas grand chose si un nouveau Gamède fracassait à nouveau l’île.

ts/

mots clés de l'article : route du littoral

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