À Madagascar, un nouveau protocole pour l’enterrement des pestiférés

AFP - RIJASOLO

Ce 12 mars 2018, le ministère de la Santé malgache, l’organisation mondiale de la santé (OMS) et les partenaires signaient un nouveau protocole pour l’enterrement des victimes de la peste. Une avancée pour les familles entre sécurité sanitaire et respect des traditions funéraires.

Après une année 2017 qui restera tristement célèbre avec plus de 200 victimes de la peste sur la Grande Île, le gouvernement malgache vient d’adopter de nouvelles mesures pour les enterrements. Le protocole "des enterrements dignes et sécurisés des personnes décédées de la peste" a été signé par le ministre de la Santé, l’OMS, des chefs de districts et des médecins inspecteurs le 12 mars dernier à Tananarive.

En ligne de mire, un consensus entre le respect des valeurs traditionnelles et la sécurité sanitaire. Un objectif qui fait suite au pic de l’épidémie en novembre dernier, où de nombreuses familles ont caché le décès d’un proche par peur de voir le corps confisqué et ainsi de ne pas pouvoir l’enterrer selon la tradition a expliqué Mamy Andriamanarivo, le ministère de la Santé : "Pendant l’épidémie, ce qui a fait mal à la population, c’est ’l’enterrement sécurisé’, a expliqué le ministre. C’est-à-dire que les membres de la famille ne pouvaient pas toucher au corps, ni le laver, ce qui est contraire à la coutume malgache, ni l’enterrer dans le tombeau familial. Mais maintenant donc, la nouveauté, c’est le mot ’digne’. C’est-à-dire qu’on respecte les us et coutumes mais aussi tout ce qui est sécurité sanitaire".

- Inhumation en terre natale -

Changement important voulu par le protocole : la famille d’une victime peut lui accorder une veille funéraire et l’inhumer dans sa terre natale. Une procédure qui doit respecter trente directives sanitaires strictes dont le toilettage et la désinfection du cadavre obligatoire par des équipes formées spécialement, l’incinération des vêtements du défunt et aussi la conservation du corps dans un sac mortuaire fourni par les autorités.

La veille funéraire ne doit pas dépasser deux jours après le décès. Le ministre de la Santé a indiqué que toutes les dépenses liées à l’éventuel transport du corps dans le village natal devront être prises en charge par la famille. Les équipements seront eux fournis par le gouvernement.

À lire aussi : L’Organisation mondiale de la santé met en garde : Peste à Madagascar - La crainte d’une épidémie régionale

- 7 ans avant le "retournement" d’un mort -

Chère aux tribus des hauts-plateaux malgaches, la coutume du "famadihana", le retournement des morts, change elle aussi. La tradition réunit les foules pendant l’hiver austral, de juillet à octobre. Le but est d’honorer les morts et, accessoirement, d’exaucer des voeux.

Chaque village choisit sa date pour la cérémonie collective et chaque famille décide de quels défunts elle retournera cette année-là, un mort pouvant être "retourné" plusieurs fois au fil des ans, et réenveloppé d’un ou plusieurs linceuls selon le nombre de familles qui souhaitent lui rendre hommage. Le nouveau protocole interdit ainsi l’exhumation pendant sept ans.
 

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