Yémen : le gouvernement à l’offensive près d’un détroit stratégique

© AFP - SALEH AL-OBEIDI

Le gouvernement yéménite a lancé une vaste offensive pour éloigner les rebelles des côtes de la mer Rouge et briser le statu quo militaire qui dure depuis 18 mois, mais son camp est handicapé par de profondes divisions, selon des analystes.

Les forces progouvernementales, soutenues par l’aviation et la marine de la coalition arabe sous commandement saoudien, ont déclenché samedi une opération, baptisée "Lance d’Or", dans la région occidentale de Dhubab, à 30 km du détroit stratégique de Bab Al-Mandeb, situé entre la mer Rouge et le golfe d’Aden.

Selon des sources militaires, l’objectif est de reprendre aux rebelles chiites Houthis, soutenus par les partisans de l’ancien président yéménite Ali Abdallah Saleh, les zones longeant la mer Rouge sur 450 km, dont les villes de Mokha, Hodeida et Midi, près de la frontière saoudienne.

Les combats ont fait au moins 68 morts en deux jours, 55 rebelles et 13 militaires loyalistes, selon un bilan donné dimanche.

"Cette opération est nécessaire pour relancer le processus politique" bloqué malgré de multiples initiatives de paix de l’ONU et de l’administration du président américain sortant Barack Obama, a déclaré à l’AFP le ministre yéménite des Affaires étrangères Abdel Malak Al-Mekhlafi.

- ’Changement sur le terrain’ -

"L’administration américaine est paralysée en cette période de transition et les Houthis n’accepteront de dialoguer" que s’ils y sont contraints "par un changement sur le terrain", a-t-il affirmé.

Depuis la reconquête en juillet 2015 de cinq provinces du sud, les forces loyales au président Abd Rabbo Mansour Hadi piétinent face aux rebelles.

Les insurgés, originaires du Nord, et leurs alliés contrôlent toujours la capitale Sanaa, conquise en septembre 2014, et de vastes territoires du nord, du centre et de l’ouest du Yémen.

L’Arabie saoudite, qui est intervenue en mars 2015 en soutien aux forces pro-Hadi, est régulièrement critiquée par des ONG pour "les bavures" de son aviation qui fait de "nombreuses victimes civiles".

Après l’échec de sept trêves, initiées par l’ONU avec l’aide de l’administration Obama, le Yémen offre l’image d’un pays divisé, avec des groupes jihadistes tirant profit de la guerre.

Les rebelles se sont dotés en août d’un Conseil politique suprême, puis en novembre d’un gouvernement pour gérer les territoires sous leur contrôle.

Dans le camp adverse, le président Hadi et son gouvernement, rentrés en 2016 de leur exil en Arabie saoudite, se sont installés à Aden (sud), déclarée capitale "provisoire", et y ont transféré la Banque centrale depuis Sanaa.

- Frères musulmans contre salafistes -

"Les deux parties se sont enfermées dans un cycle d’escalade et de provocations, faisant dérailler les négociations sous l’égide de l’ONU", a souligné le centre de réflexion International Crisis Group (ICG).

Cette impasse témoigne d’une "dislocation du pays, miné par des divisions au sein de la rébellion mais aussi du gouvernement légitime", estime l’analyste yéménite Néjib Ghallab.

Les pro-Hadi sont "divisés notamment au plan militaire avec une armée dans le Sud et une autre dans le Nord n’obéissant toujours pas aux ordres du gouvernement", ajoute-t-il.

Selon lui, "l’armée doit être réorganisée pour recevoir des ordres d’un commandement unifié et pas seulement du commandement de la coalition" arabe.

Des pays de cette coalition, notamment l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, ont entrepris d’entraîner et d’équiper des unités qui se recrutent souvent dans des milieux d’obédiences différentes, y compris chez certains courants islamistes.

Pour contrer le parti islamiste Al-Islah, bien implanté au Yémen, les Emirats, farouchement hostiles aux Frères musulmans dont Al-Islah est l’émanation, ont favorisé le recrutement de salafistes, fortement présents dans le groupe Abou Al-Abbas à Taëz (sud-ouest), dans celui appelé "Ceinture de sécurité" à Aden et dans des forces d’élite au Hadramout (sud-est), selon des sources politiques.

En outre, le mouvement sécessionniste sudiste, qui est dans le camp gouvernemental, fait face à l’hostilité des islamistes pro-Hadi qui s’opposent à la séparation du sud.

"Tous ces groupes s’entendent sur la lutte contre les Houthis et les partisans de Saleh. Mais ils divergent sur l’avenir du Yémen", résume un commandant loyaliste sous couvert d’anonymat.

Le ministre des Affaires étrangères admet "des différences d’approche", alimentées selon lui "par la déception face à l’impasse dans le processus politique" au Yémen. "Mais ces divergences peuvent être surmontées dès lors que nous aurons réalisé des progrès militaires".

Selon April Alley, spécialiste du Yémen à l’ICG, les forces progouvernementales ont "de meilleures chances sur les côtes occidentales que dans les montagnes autour de Sanaa". Ainsi, la coalition "semble déterminée à conquérir des territoires supplémentaires avant de donner une autre chance aux négociations".

mots clés de l'article : Yémen , conflit

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