Steven Mnuchin, ancien "Goldman Boy" décomplexé au Trésor américain

© AFP - MANDEL NGAN

Inconnu du grand public, Steven Mnuchin, confirmé par le Sénat lundi comme secrétaire au Trésor américain, est un ancien dirigeant de Goldman Sachs dont la proximité avec les marchés pourrait s’avérer à la fois un atout et un handicap.

Ancien donateur du parti démocrate, ce grand brun de 54 ans à l’allure svelte a surpris son entourage quand il devint directeur financier de la campagne de Donald Trump en avril dernier.

"Pourquoi ?", se souvient s’être interrogé Ben Bram, son ami et ancien collègue chez Goldman Sachs. D’autant que le promoteur immobilier devenu président l’avait menacé de poursuites judiciaires pour un différend lié au financement d’un de ses gratte-ciel à Chicago.

La presse économique a prêté à ce père de trois enfants, deux fois divorcé, l’intention de s’installer au Trésor afin d’ajouter la touche finale à un parcours l’ayant conduit dans les principales sphères du pouvoir aux Etats-Unis : Wall Street, Hollywood et maintenant Washington.

Lors de son audience de confirmation au Congrès, l’ex-cadre de Goldman Sachs a été mis en difficulté sous un feu roulant de questions.

Son rachat et le redressement d’une banque californienne, rebaptisée OneWest, au prix de multiples saisies immobilières ont scandalisé certains élus.

Il a aussi été critiqué pour avoir géré des fonds d’investissements dans des paradis fiscaux comme les îles Caïmans et omis de signaler à la commission quelque 100 millions de dollars d’actifs.

Sur ses projets au gouvernement, M. Mnuchin a évité d’être précis jusqu’ici tenant néanmoins des propos plutôt modérés.

Il a affirmé qu’il était pour un dollar "fort" alors que le président Trump s’était lui plaint d’un dollar "trop fort". Il s’est dit favorable à la poursuite des sanctions contre la Russie et a affirmé soutenir la règle Volcker qui interdit aux banques de détail de spéculer pour leur propre compte, avant que Donald Trump ordonne un passage en revue de la régulation bancaire.

Il a par ailleurs promis une réforme des impôts notamment sur les sociétés, "une priorité", affirmant qu’il fallait "faire revenir l’argent" des multinationales aux Etats-Unis.

- Hollywood -

M. Mnuchin a un CV atypique : études à l’université de Yale, Goldman Sachs pendant 17 ans, création d’un fonds d’investissement avec le soutien du financier démocrate George Soros, production avec succès de blockbusters hollywoodiens comme Avatar et Suicide Squad.

"Il est pour le libre-échange. Il est favorable à la libre circulation des capitaux. C’est un mondialiste", a affirmé à l’AFP, Jeffrey Sonnenfeld, professeur à l’Université de Yale.

Steven Mnuchin est le troisième dirigeant de Goldman Sachs placé aux commandes du ministère américain de l’Economie et des Finances depuis les années 90. Il figure aussi parmi la demi-douzaine de personnes liées à cette banque, placées à des fonctions importantes au sein de l’administration Trump.

Outre M. Mnuchin, on y retrouve en effet Gary Cohn, ex-numéro deux de la puissante banque d’affaires, propulsé à la tête du National Economic Council (NEC), Stephen Bannon et Anthony Scaramucci, nommés conseillers du président et Jay Clayton, un ancien avocat de la banque, qui va diriger l’autorité des marchés financiers, la SEC.

Chez Goldman Sachs, où son père a passé 35 ans et son frère aîné a été vice-président, M. Mnuchin a notamment été témoin de l’émergence des produits financiers complexes controversés CDO et CDS. Il qualifie à l’époque de "développements extrêmement positifs" ces produits qui joueront un rôle important dans la crise de 2008.

- Expropriations -

Il a quitté la banque en 2002 et fondé deux ans plus tard le fonds d’investissement Dune Capital, qui investit dans le cinéma et dans la production de films grâce à des financements apportés aux studios 20th Century Fox et Warner Bros.

La crise financière de 2008 le ramène dans la banque : il convainc les milliardaires George Soros et John Paulson de racheter aux enchères pour 1,55 milliard de dollars la banque californienne en faillite IndyMac, spécialisée dans les prêts hypothécaires "subprime".

Rebaptisé OneWest Bank, l’établissement renoue très vite avec les bénéfices au prix d’évictions tous azimuts. D’après le site spécialisé Foreclosureradar, le taux de saisie de OneWest était de 59% en 2009 contre 54% chez les autres banques.

Steven Mnuchin et ses associés revendront OneWest en 2014 pour 3,4 milliards de dollars, soit plus du double de leur mise initiale.

mots clés de l'article : gouvernement , USA , politique , Banque , direction

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