Séisme en Iran : l’amertume monte parmi les sinistrés

© AFP - ATTA KENARE

Les sinistrés du séisme ayant frappé dimanche soir l’ouest de l’Iran exprimaient leur amertume mardi soir en se préparant à passer une troisième nuit fraîche hors de leurs habitations détruites ou endommagées.

"Depuis deux jours, nous sommes là, sans rien. Nous n’avons pas de tentes, pas de couvertures", dit Ali, jeune habitant de Sar-e Pol-e Zahab, la ville la plus touchée par ce tremblement de terre ayant fait officiellement au moins 432 morts en Iran, tous dans la province de Kermanshah, et huit en Irak.

Comme de nombreux habitants de cette zone majoritairement kurde interrogés par l’AFP, le jeune homme se plaint de la désorganisation de l’aide et du retard dans la distribution de tentes et d’eau alors que des dizaines de milliers de personnes se retrouvent sur le carreau.

Comme d’autres, il accuse "des gens malhonnêtes" venus de zones non touchées par le séisme de détourner les vivres et biens de première nécessité destinés aux sinistrés.

Venu conforter la population de Sar-e Pol-e Zahab et des environs, le président iranien Hassan Rohani a loué mardi "la fraternité" et l’entraide dont ont fait preuve les habitants eux-mêmes dans un premier temps, et "toute la population iranienne". "Nous ne vous laisserons pas seuls !" a-t-il promis.

Mais dans un jardin public de la ville transformé en camping, Shima Maryami Kiani, 24 ans, s’inquiète pour elle-même et son enfant de trois ans : "Ce dont nous avons besoin, c’est d’une tente et de couvertures pour pouvoir passer la nuit", dit-elle.

Cité par l’agence iranienne Tasnim, le ministre de la Santé Hossein Ghazizadeh Hashemi a reconnu que "la distribution (de l’aide) n’était pas assurée correctement" et devait être améliorée.

A 19H00 (16H30 GMT), les autorités n’avaient pas encore annoncé la fin des opérations de recherche de survivants, après avoir dit dans la matinée qu’elles touchaient à leur fin.

- Mobilisation des stars -

Deux jours après la catastrophe, Sar-e Pol-e Zahab, ville de 85.000 habitants à 520 km au sud-ouest de Téhéran, offre un visage contrasté. A côté des immeubles et maisons totalement détruits, ou des constructions aux façades éventrées, de nombreux bâtiments ont résisté au séisme, d’une magnitude de 7,3.

A l’approche de l’hiver, l’aide aux sinistrés est un défi majeur. Selon une estimation officielle, 15.500 logements ont été détruits, et 15.000 autres endommagés.

A côté de l’aide des services de l’État, la population iranienne se mobilise pour venir en aide aux habitants des zones touchées.

Mardi après-midi, le centre de Sar-e Pol-e Zahab était embouteillé : de nombreux habitants de la province étaient venus avec leur voiture prêter secours aux sinistrés. Certains distribuaient des couvertures, d’autres de l’eau, apportant un complément d’aide bienvenu. Il y avait aussi beaucoup de curieux.

Gloire du football iranien, l’ancien joueur Ali Daei a lancé une initiative de collecte de nourriture et de biens de première nécessité. Un grand cinéma téhéranais a annoncé dédier la moitié de ses recettes pour aider les sinistrés, et les deux équipes de football de la capitale ont annoncé l’envoi de centaines de tentes et couvertures.

- Collecte populaire -

La population de Téhéran a été invitée à participer mercredi à un "golrizan", une collecte de fonds, de denrées ou de matériel, traditionnellement organisée par des sportifs. Selon l’agence Irna, les dons ainsi amassés doivent être remis aux bénéficiaires par l’équipe nationale de lutte, sport très populaire en Iran.

La République islamique a observé mardi une journée de deuil national à la mémoire des victimes. Toute la journée, la télévision nationale a arboré un bandeau noir à l’écran.

Les tremblements de terre sont fréquents en Iran. Le séisme de décembre 2003 (31.000 morts), qui avait anéanti la ville historique de Bam (sud), et celui de juin 1990 - 40.000 morts dans le nord du pays - restent profondément gravés dans la mémoire collective.

Les zones frappées par la catastrophe ont été un théâtre majeur des combats de la guerre entre l’Irak et l’Iran (1980-1988) et en portent encore aujourd’hui les stigmates. Sar-e Pol-e Zahab en particulier a été un symbole de la résistance de longue haleine de l’Iran dans cette guerre déclenchée par l’Irak.

Symbole d’espoir, selon un médecin interrogé par l’AFP, deux nouveau-nés ont vu le jour dans un hôpital de campagne de Sabr-e Pol-e Zahab, par lequel ont aussi transité nombre des plus de 7.800 blessés recensés par le gouvernement et évacués hors de la zone par centaines.

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