Le prince héritier saoudien en visite diplomatique et culturelle à Paris

© AFP - Eric FEFERBERG

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a donné lundi à sa visite officielle à Paris une forte teneur diplomatique et culturelle, tandis qu’était reporté à une prochaine fois le volet économique des relations entre les deux pays.

Dans le contexte explosif du Proche-Orient, où Ryad est un acteur majeur, le jeune prince de 32 ans, surnommé MBS, n’est pas venu à Paris pour faire des affaires et signer des chèques. A tel point que l’Elysée a annoncé lundi qu’Emmanuel Macron se rendra en Arabie saoudite "en fin d’année" pour parapher des contrats.

En revanche, le prochain monarque saoudien, qui du fait de son jeune âge devrait régner plusieurs décennies, a pu largement discuter des crises qui secouent sa région et des divergences avec la politique française sur plusieurs d’entre elles.

- "Discussion stratégique" -

Après avoir été accueilli dimanche à Paris par le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, il a dîné dimanche en tête à tête dans le cadre somptueux du musée du Louvre avec Emmanuel Macron, qui "a tenu à avoir une discussion stratégique avec MBS", a fait savoir l’Elysée.

Lundi midi, il a déjeuné avec le Premier ministre Edouard Philippe en présence de certains ministres dont M. Le Drian, à l’hôtel Matignon.

Lundi après-midi, il devait recevoir dans son hôtel particulier de nouveau M. Le Drian et la ministre des Armées Florence Parly, qu’il reverra mardi soir lors de la rencontre officielle à l’Elysée entre M. Macron et MBS, qui est par ailleurs ministre de la Défense.

Selon un diplomate français, ces audiences avec des ministres régaliens sont "une marque d’égards assez exceptionnelle pour quelqu’un qui n’a pas encore le statut de chef d’Etat".

Au cours de son dîner au Louvre, Emmanuel Macron a pu insister sur les axes de sa politique régionale, qui n’épousent pas nécessairement ceux de l’Arabie saoudite.

Selon l’Elysée, Emmanuel Macron a fait savoir à MBS qu’il "parle à tout le monde". L’Arabie saoudite, mais aussi ses rivaux, au premier rang desquels l’Iran, bête noire de Ryad, la ligne relativement modérée de Paris cadrant mal avec l’âpreté saoudienne.

MBS est adossé à la position de Washington, qui veut dénoncer l’accord international sur le nucléaire iranien de 2015 et menace de s’en retirer d’ici le 12 mai. La France et les Européens espèrent eux sauver l’accord et Emmanuel Macron devrait plaider en ce sens.

La guerre au Yémen contre les rebelles houthis soutenus par Téhéran est un autre dossier chaud alors que plusieurs ONG ont dénoncé lundi les ventes d’armes françaises à Ryad, soupçonnées d’être utilisées au Yémen. Des objections écartées par le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, qui a estimé lundi que ces ventes avaient un "intérêt clair pour l’industrie française".

D’autres organisations ont profité de ce déplacement pour dénoncer les violations des droits de l’homme et de la presse dans le royaume wahhabite, alors que MBS tente de persuader les Occidentaux d’accompagner son mouvement d’ouverture et de modernisation du royaume.

Son étape française est l’avant-dernière d’une grande tournée qui l’a conduit en Egypte, en Grande-Bretagne, et surtout chez son allié historique américain, où il a passé près de trois semaines, engrangeant contrats et collaborations.

Parmi les autres dossiers brûlants dans la zone d’influence saoudienne : la crise syrienne, avec les suites de l’attaque chimique présumée de Douma, le dossier libanais, avec les élections législatives prévues en mai, ou encore les violences entre Israël et Palestiniens à Gaza.

- Cannes, Opéra, Ruines antiques -

Dans un registre beaucoup plus apaisé, les deux pays ont annoncé des coopérations dans le domaine culturel, un des principaux axes de cette visite.

Mardi doit être signé un accord pour le développement touristique et culturel de la région d’Al-Ula (nord-ouest), particulièrement riche en vestiges archéologiques et paysages d’exception.

Les deux ministres de la Culture ont par ailleurs annoncé des mesures particulièrement symboliques : la France va aider l’Arabie saoudite à créer un orchestre et un opéra. Et le royaume ultra-conservateur, qui rouvrira un cinéma le 18 avril pour la première fois depuis des décennies, va participer pour la première fois en mai au Festival de Cannes, avec notamment une sélection de courts-métrages.

mots clés de l'article : culture , France , politique , diplomatie , économie , COMMERCE , Arabie , investissements

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