Incursions aériennes : démonstration de forces russes aux portes de l’Europe

© FRENCH AIR FORCE/AFP/Archives - HO

Dans le ciel de la Baltique se joue depuis des mois, entre avions russes et de l’Alliance atlantique, une partie de chat et souris digne des grandes heures de la Guerre froide.

Quatre Mirage français viennent, pendant quatre mois, d’assurer la défense aérienne de la Lituanie : à 23 reprises, les pilotes ont répondu à l’appel "Alpha Scramble", "Décollage d’alerte", et ont pris l’air pour aller "intercepter" des appareils russes à l’étoile rouge.

"Intercepter est le terme que nous employons, mais il vaudrait mieux dire identifier et surveiller", explique à l’AFP, sur la base aérienne lituanienne de Siauliai où le contingent français a été déployé jusqu’au 4 janvier, le lieutenant-colonel Isaac Diakite, chef du détachement.

"Les Russes veillent à rester dans l’espace aérien international, longent l’espace balte sans y pénétrer : ils ont le droit d’être là. Mais nous aussi", dit-il. "Donc nous décollons pour aller voir, identifier l’appareil, le prendre en photo, montrer que nous sommes là".

Depuis le début des années 2010, et davantage encore depuis 2014 et la crise ukrainienne, l’aviation russe est de plus en plus présente sur la frontière Nord de l’Otan, multipliant les vols, s’approchant des frontières, sans toutefois les violer.

"C’est un petit jeu, une démonstration de force, de puissance pour montrer qu’ils sont de retour après une importante rénovation de leur flotte", explique le général Olivier Taprest, commandant de la défense aérienne française, venu à Siauliai pour participer à la cérémonie de fin de mission des Mirage français.

Chasseurs-bombardiers Soukhoï, avions de transport Antonov ou bombardiers stratégiques à long rayon d’action Tupolev : les radars de l’Otan repèrent régulièrement le franchissement par des appareils russes de la "ligne Omega", une limite Otan passant au Nord de la Norvège qui déclenche une alerte sur les bases de l’Alliance atlantique et l’envol de ses chasseurs.

- Atteindre New York -

Par trois fois au cours des derniers mois de 2016, des bombardiers Tupolev ont été repérés, suivis, surveillés dans le ciel de la Baltique ou à l’Ouest des îles britanniques. Le 19 novembre 2015, des appareils de ce type ont contourné l’Irlande, sont entrés en Méditerranée, ont bombardé en Syrie puis sont rentrés en Russie en survolant l’Iran.

"Tout à fait inutile tactiquement, mais c’est un message : si vous calculez la distance parcourue et la reportez sur une carte, vous montrez que vous pouvez atteindre New York", dit le général Taprest.

Comme des chiens de garde qui courent à la grille d’une propriété quand approche un intrus, sans forcément mordre ni même aboyer, les chasseurs de l’Otan (qui se relaient dans les pays Baltes, anciennes républiques d’URSS) sont là pour montrer à Moscou que le ciel de l’Alliance est défendu, qu’on ne peut s’en approcher sans provoquer une réaction.

La procédure est précisément codifiée : les deux appareils intercepteurs approchent d’abord à mille mètres (et 300 mètres au-dessus) du "bogey", l’avion non-identifié. Puis l’un d’eux se place sur le côté de la cible, de 300 à 50 mètres, pour être vu du pilote.

"Si c’est de nuit, on utilise un phare de police, qui éclaire le cockpit" raconte à l’AFP le capitaine français "Rom’s", un surnom. "Parfois, ils nous répondent avec le leur, parfois non. Puis on passe en pilotage automatique pour lâcher les commandes et prendre des photos qui sont envoyées à l’état-major".

Si l’avion russe ne dévie pas de sa course et reste dans le ciel international, c’est la fin de la mission. Au cas, bien improbable en Baltique, où il viole l’espace aérien de l’Alliance, la réponse est graduée : déroutement, arraisonnement, tirs de semonce (d’abord des leurres, puis au canon), pour finir, en dernier recours, par un tir de missile. Toutes ces phases sont commandées du PC opérationnel de l’Otan.

"On peut aussi tenter de contacter le pilote russe par radio, sur la fréquence aéronautique d’urgence, 121.5", ils répondent parfois", ajoute le capitaine "Rom’s". A 50 mètres, en plein ciel, les pilotes se voient de près, se font parfois des signes. "Mais la plupart du temps, ils ne tournent pas la tête. Ils sont sur leur trajectoire, ne s’en écartent pas".

mots clés de l'article : otan , armée , France , Russie , défense , Lituanie

à voir également en vidéo

newsletter actu Réunion

le meilleur de l’actualité péi, sélectionnée pour vous : actu, buzz vidéo, sorties ciné…

suivez-nous