En Colombie, une victime de l’ELN raconte sa douleur en peinture

© AFP - LUIS ROBAYO

"Je suis traumatisé et j’ai voulu en parler", explique en montrant ses tableaux Juan Daniel Otoya, pris en otage avec sa famille en 1999 par la guérilla de l’ELN, qui vient d’entamer des pourparlers de paix avec le gouvernement colombien.

"Les victimes ont longtemps gardé le silence", mais "mettre cela en peinture, m’a permis de tout exprimer et de faire face" aux traumatismes générés par l’Armée de libération nationale (ELN, guévariste), dernière guérilla active de Colombie, a expliqué à l’AFP cet artiste de 28 ans.

Le 30 mai 1999, une vingtaine de guérilleros de l’ELN, habillés en militaires, font irruption en pleine messe dans l’église de La Maria et séquestrent 180 personnes, dont Juan Daniel Otoya et sa famille.

Comme il n’a que 10 ans, il est immédiatement relâché. Mais ses parents et son frère sont retenus en otages pendant six mois. Ils sont libérés après que sa famille ait payé la rançon exigée par l’ELN.

Aujourd’hui, Juan Daniel s’inspire de photos du drame, publiées dans les journaux de l’époque, pour concevoir de grandes toiles de deux mètres sur deux, immortalisant par exemple le moment de ses retrouvailles avec sa famille, où on les voit se prenant tous dans les bras.

Cela lui permet de réfléchir sur le conflit qui, depuis les années 60, a vu s’affronter guérillas, paramilitaires et forces armées, faisant au moins 260.000 morts et plus de 60.000 disparus.

Le jeune peintre souhaite à présent exposer ses oeuvres en hommage à l’ensemble des victimes de cette guerre fratricide, dont le sort est l’un des six thèmes de l’agenda des pourparlers de paix avec l’ELN, lancés mardi.

"Ce dont je me souviens le plus, c’est du visage de ma mère, je ne peux pas me le sortir de la tête. Un visage marqué par l’angoisse de me laisser seul", confie-t-il, en disant peindre ce "fait atroce" pour soigner les blessures "de la haine, de l’impuissance".

En l’absence de ses parents, Juan Daniel avait été accueilli chez un oncle et trouvé refuge dans les jeux, mais aussi dans la peinture, principalement de faits violents.

La paix avec l’ELN - qui, après l’accord avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), principale guérilla du pays, permettrait à la Colombie de tourner la page de la guerre - lui semble faisable, mais "c’est un travail très long et très difficile". "Pourvu que ce soit possible", dit-il.

mots clés de l'article : diplomatie , enlèvement , conflit , Colombie , paix , guérilla

à voir également en vidéo

newsletter actu Réunion

le meilleur de l’actualité péi, sélectionnée pour vous : actu, buzz vidéo, sorties ciné…

suivez-nous