Un an après, l’appel inlassable à rendre "justice pour Adama" Traoré

© AFP/Archives - MEHDI FEDOUACH

Quand la nouvelle se répand dans la nuit du 19 juillet 2016, des villes de la grande banlieue parisienne s’embrasent : un jeune noir est mort lors de son arrestation. Un an plus tard, Adama Traoré est devenu un symbole et sa famille continue de réclamer "vérité et justice".

Ce dimanche de juillet à Beaumont-sur-Oise, à une trentaine de km au nord de la capitale, un message orne les tee-shirts de footballeurs qui entrent sur le terrain : "Justice pour Adama. Sans justice vous n’aurez jamais la paix". Sous une banderole "Faisons front contre l’impunité des gendarme", ils vont jouer la finale d’un tournoi organisé en mémoire d’"Adama" par "les grands de Boyenval".

Ce quartier d’immeubles et de pavillons s’était soulevé après la mort du jeune homme dans une cour de gendarmerie, le soir de son 24e anniversaire. Lorsque Assa Traoré arrive, elle accroche une grande photo de son frère et dédicace son livre "Lettre à Adama". En fond, une sono diffuse le titre "Je suis Adama".

En un an, le jeune homme mort lors de son arrestation a été érigé en symbole de la lutte contre les "violences policières" et la stigmatisation des jeunes hommes des quartiers populaires ; et Assa Traoré a mis entre parenthèses son travail d’éducatrice spécialisée pour devenir une des figures de proues de cette "lutte".

- Asphyxie -

Pour la famille Traoré - 17 enfants dont Adama -, la dernière expertise médicale qui confirme un décès par asphyxie a clos les débats : le jeune homme est mort, selon eux, des suites d’un "plaquage ventral", la technique controversée qu’ont employée les gendarmes pour le maîtriser.

Les médecins, pour leur part, relient cette asphyxie à des fragilités de santé antérieures déclenchées "à l’occasion d’un épisode d’effort et de stress", sans conclure sur la responsabilité du geste des militaires.

Depuis le début, l’affaire est marquée par la défiance vis-à-vis des autorités, alimentée par les circonstances de la mort et l’annonce tardive du décès.

Dans le collimateur de la famille, le procureur de Pontoise de l’époque, dont la communication est jugée "partielle et partiale". Alors que la première autopsie mentionnait des "lésions d’allure infectieuse" - balayées par les contre-expertises - le magistrat avait communiqué à tort sur une "infection très grave" et passé sous silence l’asphyxie.

L’avocat Yassine Bouzrou mène alors la charge sur le terrain judiciaire et obtient fin octobre le dépaysement de l’affaire à Paris, où trois juges d’instruction pilotent désormais l’enquête. Sans mise en examen pour l’heure.

Dans l’attente de l’audition des gendarmes par les juges, Me Bouzrou pointe aussi leur attitude à la brigade, après le malaise d’Adama Traoré. "Le comportement des gendarmes, qui le laissent menotter face contre le sol, constitue l’infraction pénale de non-assistance à personne en péril", affirme l’avocat.

- ’Caïdat’ -

La famille estime que le tribunal de Pontoise continue à s’"acharner" contre elle. En un an, trois frères d’Adama ont été incarcérés dans des dossiers aux allures d’"affaires dans l’affaire" Traoré. Deux sont toujours en prison.

Yacouba a été condamné pour avoir participé en février à une expédition punitive contre un ancien codétenu d’Adama. Bagui, condamné pour des violences en marge d’un conseil municipal, est également mis en examen pour tentative d’assassinat : il est suspecté d’avoir tiré sur les forces de l’ordre pendant les violences de juillet 2016.

Ces cinq nuits de violences ont été qualifiées d’"insurrection armée" par la gendarmerie. Outre les voitures brûlées et les tirs de mortiers d’artifice, "une centaine de coups de feu ont été tirés d’après les constatations judiciaires", blessant légèrement 13 policiers et gendarmes, rapporte le chef des gendarmes du Val-d’Oise, le colonel Charles-Antoine Thomas.

Quand il évoque ces évènements lors de l’audience de rentrée au tribunal de Pontoise en février 2017, un magistrat parle de "véritable caïdat" et de "contexte de quasi-guerre civile".

Depuis l’été 2016, Beaumont-sur-Oise a retrouvé son allure de cité assoupie au bord de l’Oise, émaillée de rares épisodes de violences. En novembre, un bus a été incendié à Boyenval après le placement en détention de deux frères Traoré.

La famille appelle à marcher dans la ville samedi 22 juillet. Un an jour pour jour après la première marche et les premiers cris "Justice pour Adama".

mots clés de l'article : Enquête , décès , gendarmerie , troubles

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