"Sentinelle", une opération militaire inédite sur le territoire français

© AFP/Archives - CHRISTOPHE ARCHAMBAULT

L’opération française Sentinelle, dont une patrouille militaire a été agressée samedi à l’aéroport d’Orly au sud de Paris par un homme qui a été abattu, représente une mobilisation sans précédent de l’armée sur le territoire national depuis la guerre d’Algérie.

Au total, 7.000 militaires sont déployés en permanence en France - pour moitié en région parisienne - depuis les meurtriers attentats de janvier 2015 qui avaient visé notamment le journal Charlie Hebdo et un magasin casher.

Ces moyens peuvent être portés à 10.000 hommes en cas d’attentat ou d’événement d’envergure à protéger. Parallèlement, 6.500 hommes sont engagés dans des opérations extérieures, principalement au Sahel (opération Barkhane) et au Levant contre le groupe Etat islamique (Chammal).

Les militaires protègent en France des sites religieux (synagogues, mosquées..), particulièrement exposés au risque terroriste, ou très fréquentés (lieux touristiques, gares...). Ils sont présents "de manière quasi permanente" sur certains sites comme les aéroports ou les musées.

Ils représentent cependant, comme les policiers, une cible privilégiée pour des attaques. En février 2015, trois militaires en faction devant un centre communautaire juif avaient été agressés au couteau à Nice.

En janvier 2016, un Français d’origine tunisienne avait foncé en voiture sur quatre militaires en faction devant la mosquée de Valence (sud-est), qui l’avaient grièvement blessé en ripostant.

Enfin début février, un Égyptien de 29 ans s’était jeté, une machette dans chaque main, sur des militaires qui patrouillaient près du musée du Louvre, à Paris, en criant "Allah Akbar" (Dieu est le plus grand).

Les soldats, qui étaient à l’origine postés à l’entrée des sites sensibles, opèrent beaucoup plus désormais en patrouilles, un mode opératoire jugé plus efficace par l’armée et qui les rend moins repérables et vulnérables.

En attendant le recrutement annoncé de 11.000 soldats supplémentaires, l’opération Sentinelle, montée dans l’urgence, pèse fortement sur les militaires.

Entre opérations extérieures et opération Sentinelle, ils sont éloignés jusqu’à 220 jours par an de leurs familles et ont vu le nombre de leurs jours d’entraînement chuter à 65 en 2015 et environ 70-75 en 2016, loin de l’objectif de 90 défini dans la loi de programmation militaire.

Après l’attentat de Nice le 14 juillet dernier, 3.000 soldats ont été rappelés en 24 heures, 2.000 n’ont pas pris de congés et certains ont cumulé jusqu’à trois mois consécutifs de mission Sentinelle.

Cet emploi massif de soldats sur le territoire national fait débat, certains politiques - surtout à droite - et militaires s’interrogeant sur son efficacité par rapport à l’effort demandé aux armées.

L’opération a aussi posé un gros problème d’hébergement des soldats, notamment à Paris, où nombre de sites militaires ont été vendus pour renflouer les caisses de l’État.

Des soldats ont dû être logés grâce à des solutions de fortune, sous les combles de mairies d’arrondissement, dans des écoles en construction ou chez des particuliers jusqu’à ce que des structures plus adaptées soient aménagées.

mots clés de l'article : attentat , transport , armée , France

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