PAC : le secteur agricole voit rouge après les coupes proposées

© AFP - Emmanuel DUNAND

La menace était pressentie mais l’annonce du couperet mercredi n’a pas été pour autant plus facile à accepter : la Commission européenne propose de réduire de 5% le budget de l’agriculture dans l’UE après 2020, une situation inédite pour cette politique historique de l’Union.

C’est le plus gros poste de dépense du budget européen, avec 37%. Mais si elle reste "importante" pour Bruxelles, la Politique agricole commune (PAC) doit désormais faire de la place aux "nouvelles priorités" de l’UE comme la migration, la sécurité ou la défense.

Le verdict est tombé lors de la présentation de son projet de budget à long terme pour la période 2021-2027 : "environ 5% de réduction" pour la PAC (un chiffre pondéré avec le départ britannique). "Ce n’est pas un massacre", a plaidé le président de la Commission Jean-Claude Juncker.

"Le budget doit être vu dans le cadre du Brexit" alors que le départ du Royaume-Uni va largement grever les recettes européennes, a martelé le commissaire à l’Agriculture Phil Hogan, seul "rubricard" de l’exécutif européen a être venu défendre la proposition en salle de presse. "C’est un bon résultat pour les agriculteurs, étant donné les circonstances défavorables", a-t-il estimé.

La Commission propose de consacrer 265 milliards d’euros à la PAC entre 2021 et 2027 pour 27 Etats membres, contre 408,3 milliards actuellement à 28.

Le premier syndicat agricole dans l’UE, la Copa-Cogeca, a réagi sans tarder et fait part de son "immense déception", alors que "les revenus des agriculteurs sont déjà de 40% inférieurs à la moyenne des salaires dans les autres secteurs" de l’UE.

La Commission tente de désamorcer un terrain qu’elle sait miné, et assure que les paiements directs, qui assurent un revenu minimum aux agriculteurs et représentent actuellement 70% des dépenses de la PAC, diminueront au maximum de 3,9% dans le pire des cas. A savoir pour les pays qui touchent les aides les plus élevées, comme la France.

-’Inenvisageable’-

Principal bénéficaire des aides directes (51,3 milliards d’euros pour le cadre financier 2014-2020), Paris a abruptement réagi aux propositions de la Commission.

"Une telle baisse, drastique, massive et aveugle, est simplement inenvisageable" et "la France ne pourra accepter aucune baisse de revenu direct pour les agriculteurs", a déclaré le ministère de l’Agriculture via un communiqué.

"On dit que c’est -5% mais c’est -10% avec l’inflation. Face aux nouvelles priorités, c’est la politique agricole qui trinque alors qu’on lui demande toujours plus", a fustigé Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, principal syndicat agricole français.

Pour Michel Dantin, eurodéputé français (PPE, droite), la PAC "paiera à elle seule le Brexit".

L’élu, qui regrette les tergiversations de la France sur l’agriculture en amont de l’annonce de la Commission, estime qu’il s’agit d’un "combat de société".

"Est-ce qu’on veut continuer à pousser les agriculteurs à l’intensification ? Ou est-ce qu’on veut, comme tous les discours l’accréditent, une agriculture qui soit plus respectueuse du milieu, plus exigeante en terme d’intrants, plus qualitative en terme de produits fournis", s’est-il interrogé.

Le nouveau budget coïncidera avec une "nouvelle" PAC, ou en tout cas une PAC "simplifiée et modernisée", pour laquelle la Commission doit présenter sa proposition officielle à la fin du mois.

Mais la proposition sur le budget l’a déjà forcée à dévoiler une partie de son jeu.

Pour une "distribution plus équilibrée" et un soutien aux petites et moyennes structures, elle proposera aux Etats membres de choisir entre un plafonnement des aides à 60.000 euros par exploitation ou une dégressivité en fonction de la taille. Les Etats membres pourront rediriger les économies réalisées au profit du développement rural, le deuxième "pilier" de la PAC.

Pour le moment, 80% des paiements directs profitent à 20% des agriculteurs.

"Il faut réorienter la réforme pour répondre aux questions de santé humaine, de climat et d’économie des territoires", a préconisé l’eurodéputé socialiste français Eric Andrieu, qui déplore la chute annoncée des dépenses en matière de développement rural.

"Du fait qu’il y ait moins d’argent, la volonté de la Commission est de transférer aux Etats membres une grosse part de responsabilité qui risque de niveler par le bas les ambitions environnementales, alimentaires et agricoles", a ajouté M. Andrieu.

mots clés de l'article : agriculture , gouvernement , UE , budget

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