Hénin-Beaumont, le masque souriant de l’extrême droite française

© AFP - FRANCOIS LO PRESTI

Un homme "à l’écoute", "qui tient ses promesses" : très populaire dans sa ville de Hénin-Beaumont (nord), le maire d’extrême droite Steeve Briois, élu en 2014, offre une vitrine rassurante à son parti, encore considéré par beaucoup de Français comme le "diable".

Cette réputation de respectabilité colle à la stratégie de Marine Le Pen, la candidate du Front National (FN) à la présidentielle, qui cherche à adoucir son image et celle du parti fondé par son père, le sulfureux Jean-Marie Le Pen, célèbre pour ses diatribes antisémites et xénophobes.

"Ce maire a une gestion exemplaire, il agit de manière pas du tout sectaire, pas du tout politisée ou idéologique mais pour le bien-être des habitants", assure Mme Le Pen. Elle assiste ce dimanche aux voeux de Steeve Briois à Hénin-Beaumont, son fief politique où elle vient régulièrement malgré son échec aux législatives de 2012.

"J’étais de gauche comme plein de gens ici, mais j’ai viré de bord, j’ai pas honte de le dire. On a été trahis, volés, spoliés. Ce maire-là, ce qu’il dit, il le fait", confie Elisabeth Develter, ancienne employée de supermarché.

Comme elle, plus d’un millier de personnes sont venues applaudir Steeve Briois. A la tribune, l’élu FN de 44 ans, égrène les engagements tenus - sécurité renforcée, événements festifs, places en crèche, démantèlement d’un camp de Roms... - et promet de "faire plus avec moins d’impôts".

Dans trois mois, "je voterai Marine", s’enthousiasme Elisabeth, 70 ans. "Je ne veux ni de la gauche ni de la droite. Ceux qui ont le pouvoir ont tous trafiqué. C’est eux qui ont fait monter le FN, c’est pas nous".

"Si le FN tient ses promesses au niveau local, ça veut dire qu’il les tiendra au niveau national", renchérit Bastien, un manutentionnaire de 32 ans.

Dans cet ancien fief de gauche frappé par la désindustrialisation, le chômage atteint 18%, près de deux fois la moyenne nationale. A l’horizon, un terril témoigne du passé minier de la ville de 27.000 habitants, où s’alignent de petites maisons en briques, les corons.

- ’Ma commune sans migrants’ -

Dans les années 2000, Hénin-Beaumont est éclaboussée par les scandales : la gestion calamiteuse et les pratiques frauduleuses du maire socialiste poussent la ville au bord du gouffre.

Bien implantée localement, l’extrême droite fait office de sauveur. Et profite des espoirs déçus laissés par le président socialiste François Hollande. En 2014, Steeve Briois, enfant du plat pays et petit-fils de mineur, devient le premier maire FN de France élu dès le premier tour.

Aujourd’hui, le grand brun au sourire affable se targue d’avoir "regagné la confiance des habitants qui étaient dégoûtés" de la politique. De quoi faire oublier les scandales qui ont éclaté par le passé dans d’autres municipalités FN dans le sud de la France.

Mais cette image lisse cache une réalité inquiétante, alerte l’opposition municipale.

ll y a quatre mois, la mairie FN a voté une charte intitulée "ma commune sans migrants". Sans raison particulière : les environs proches ne comptent aucun centre d’accueil pour migrants.

"Créer de l’angoisse pour susciter l’adhésion, c’est typique du populisme", déplore l’élu local socialiste Stéphane Filipovitch. Pour lui, "la spécialité du FN, ici, c’est le social mais pour les nationaux".

"Le FN à Hénin-Beaumont, c’est Dr Jekyll et Mr Hyde", renchérit Marine Tondelier, élue écologiste, qui dénonce l’"intimidation" subie par les associations, élus et journalistes locaux qui critiquent l’équipe municipale. "Ils isolent les gens qui résistent".

Ces voix dissonantes restent minoritaires à Hénin-Beaumont, contrairement à l’échelle nationale reconnaît Steeve Briois, membre de l’équipe de campagne de Marine Le Pen.

"Election après élection, on a progressé depuis 2011. Mais une partie des Français est réfractaire au FN. Avant c’était 60%, maintenant c’est 40% qui pensent voir le diable en nous voyant. Notre mission, c’est de rassurer", explique-t-il.

Galvanisée par le Brexit, la montée de l’extrême droite en Europe et la présidence Trump, la candidate FN semble assurée de figurer au second tour de la présidentielle mais pourrait perdre au final : elle reste une figure très clivante dans l’opinion des Français, malgré ses efforts et son nouveau slogan "la France apaisée".

mots clés de l'article : élections , France , partis , politique , présidentielle

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