Fusillade dans un lycée à Grasse : un événement rare en France

© AFP - Damien MEYER

Les autorités redoutaient une attaque jihadiste contre une école. Jeudi, c’est un lycéen "fragile et fasciné par les armes" qui a ouvert le feu dans son établissement, un événement rarissime en France qui a permis de tester les mesures de sécurité instaurées après les attentats.

"Il est clair que la préparation aux risques d’attentats prépare mieux les établissements" à des événements exceptionnels comme la fusillade dans un lycée de Grasse, souligne Philippe Tournier, secrétaire général du principal syndicat des chefs d’établissement (SNPDEN). "C’est ce qu’on a vu à Grasse."

Un lycéen de 17 ans, muni de plusieurs armes dont un fusil, a blessé trois élèves et le proviseur au sein du lycée Tocqueville de cette ville des Alpes-Maritimes. La ministre de l’Education Najat Vallaud-Belkacem a évoqué "l’acte fou d’un jeune homme fragile et fasciné par les armes". Elle a souligné "l’arrivée instantanée des forces de police" qui a permis son arrestation rapide et "un établissement sécurisé très vite grâce au concours" des policiers d’élite du Raid.

La fusillade de Grasse a aussi entraîné le déclenchement d’une alerte-attentat de l’application pour smartphones SAIP par les autorités. "Intervention en cours des forces de l’ordre et de secours", "Abritez-vous", "Ne vous exposez pas", a-t-elle enjoint.

Il y a cinq ans, le jihadiste Mohamed Merah tuait quatre personnes dans une école juive de Toulouse. Depuis les attentats jihadistes qui ont fait 130 morts à Paris le 13 novembre 2015, la sécurité des écoles a été renforcée, avec une nouvelle montée en puissance pour la rentrée 2016, après l’attaque de Nice.

Il s’agit surtout de développer la culture de "gestion des risques" au sein des 64.000 établissements scolaires que compte la France : formation de cadres et de personnels de l’Education nationale dans des centres d’entraînement des forces de gendarmerie, recensement au sein de chaque académie de tous les numéros de portable des chefs d’établissement pour pouvoir transmettre des alertes, tenue de trois exercices annuels dont un simulant une intrusion en vue d’un attentat, formation aux gestes de premiers secours des élèves de troisième, etc.

"Il y a dix ans, déployer une cellule de crise en quelques minutes, c’était impossible", rappelle Eric Debarbieux, universitaire et spécialiste de la violence en milieu scolaire.

- La France épargnée par les school-shootings -

Il ajoute cependant que les exercices de gestion de crise, en cas d’attentat ou de fusillade, ne sont qu’un volet de la lutte contre les violences à l’école.

"Dans le monde, trois quarts des cas de school-shooting", ou tueries à l’école, "sont liés au harcèlement", explique M. Debarbieux. Il faut aussi lutter "contre les micro-violences, qui vont des moqueries à la bousculade intentionnelle, en passant par les injures". "Ce fait divers doit être une occasion d’être intelligent et non de verser dans la surenchère sécuritaire", ajoute-t-il.

Philippe Tournier, du syndicat des chefs d’établissement, qualifie de "chimérique" la volonté de personnalités politiques de contrôler tous les élèves.

Faut-il installer des portiques aux portes des lycées, comme l’a promis le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez ? "La simulation a été faite par nos collègues de Rhône-Alpes. Il faudrait quatre portiques par établissement, et donc quatre adultes mobilisés. Et même avec ce nombre, les élèves devraient arriver une heure à l’avance afin de tous passer avant le début des cours", explique M. Tournier. "Un lycée, c’est l’équivalent de quatre Airbus 380 qui décollent en même temps..."

Pour lui, "il n’est pas question de ne rien faire mais le risque zéro n’existera jamais et il faut un peu garder raison".

Ces vingt dernières années, des élèves ont été blessés ou tués par balle par d’autres élèves dans l’enceinte scolaire mais la France a jusqu’ici échappé à des tueries de masse comme aux Etats-Unis, en Allemagne ou en Finlande, en raison d’un contrôle strict sur les armes.

"Des élèves perturbés, il y en a partout. Le drame, c’est quand ils rencontrent des armes", note Philippe Tournier.

mots clés de l'article : Agression , Enquête , éducation , lycées

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