Aux assises de Paris, la trajectoire d’un jeune converti

© AFP/Archives - MMDF

Aux assises de Paris, Pierre Roubertie explique son islam comme une discipline personnelle, sans chercher à excuser des poussées de violence. Mais accusé avec d’autres d’un braquage en vue de constituer un "butin halal", il a nié mardi toute vélléité jihadiste.

Ce jeune homme de 26 ans, carrure athlétique et barbe noire fournie, comparaît depuis lundi au côté d’un braqueur multirécidiviste radicalisé, Ibrayima Sylla, mutique à l’audience, et de deux autres hommes, pour avoir pris en otage la famille d’un postier en 2013.

Objectif selon l’accusation : constituer un "butin de guerre" destiné à financer des actions terroristes. Au contraire, Roubertie affirme que la religion a servi de "prétexte" pour "légitimer la violence". C’est l’une des questions clés de ce procès : a-t-on affaire à une bande de braqueurs ou à des jihadistes en puissance ?

La voix posée, Pierre Abderrahmane Roubertie raconte une enfance choyée et des "écarts" qui l’ont mené en prison, rend hommage à l’éducation de sa mère Nadia, d’origine marocaine.

Il décrit sa mère, qui "ne fait pas le ramadan ni rien", comme "plutôt agnostique" et présume que son père devait être chrétien. Mais la religion n’est pas un sujet de conversation familiale : il y viendra seul, après la mort de son père Pierre, foudroyé par un cancer en 2006.

Cette année-là, la famille a déménagé de Bourgogne à L’Haÿ-les-Roses, en banlieue parisienne. L’adolescent a 16 ans, peine à s’adapter, se laisse pousser la barbe.

"J’ai toujours cru en Dieu. Depuis l’âge de 13 ans, je lis, j’ai comparé les textes. L’islam m’a convaincu. Je suis musulman, c’est une recherche personnelle", explique-t-il.

Pressé de questions par le président de la cour, Franck Zientara, il répète que non, il n’est "pas salafiste", même pas "quiétiste", ne se revendique d’aucun groupe particulier.

"Ma vision de l’islam et du Coran, ce n’est pas quelque chose qu’on doit prendre à la lettre". Faut-il s’affranchir des textes, demande le président. "S’affranchir non, répond le jeune homme, mais les interpréter, oui".

Il explique qu’il "se convertit vraiment à 19 ans", fréquente une salle de prière près de chez lui, s’inscrit à l’Inalco pour apprendre l’arabe, enchaîne les petits boulots, donne ses maigres salaires à sa mère, qui peine à subvenir aux besoins de ses quatre enfants.

- "on ne peut rien lui imposer" -

L’avocate générale veut savoir comment sa mère voyait cette conversion. Est-ce qu’elle s’était "pliée aux contraintes" alimentaires d’un musulman ?

- "Ben, il n’y avait pas de problème. Elle allait à la boucherie la plus proche, qui était halal".

- "Elle s’était donc pliée".

- "Si vous connaissiez ma mère, vous sauriez qu’on ne peut rien lui imposer. Si elle s’est pliée, c’est à la proximité géographique", répond Roubertie, souriant pour la première fois.

Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Veut convaincre de sa bonne foi. Il dit qu’il a "dépassé les bornes" quand il éborgne d’un violent coup de poing un passager du RER après une altercation qui l’envoie quatre mois en détention fin 2011.

Il rencontre Ibrayima Sylla en prison, partage "sa vision, ses idéaux", commence à envisager "un jihad, mais pas forcément armé". Fin 2013, il s’installe même dans son appartement de Trappes. Sylla, qui scande en rap son jihad, y a bricolé un studio d’enregistrement.

Le groupe est interpellé trois mois après le braquage. Pour les enquêteurs, il préparait d’autres coups, notamment contre une pizzeria parisienne.

Aux enquêteurs, Roubertie a reconnu sa participation au braquage, préparé deux semaines avant, avant de refuser de continuer à collaborer avec des institutions "mécréantes".

"Oui, j’ai écrit ça mais je n’ai jamais vraiment considéré les institutions illégitimes. En prison, dit-il, c’est très dur pour des profils comme le mien" — classé radicalisé, Roubertie est transféré de la prison d’Osny à une unité dédiée de Lille.

"Parfois, on est à bout, puis ça retombe. C’est le yoyo émotionnel", poursuit-il.

Le verdict est attendu le 24 février.

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