Affaire Grégory : nouveau coup de théâtre avec l’annulation des mises en examen

© AFP/Archives - ERIC FEFERBERG

C’est un nouveau coup de tonnerre dans une affaire qui en compte déjà beaucoup : les magistrats de la chambre de l’instruction de Dijon ont annulé mercredi les mises en examen de Murielle Bolle et des époux Jacob pour le rapt mortel du petit Grégory il y a 33 ans.

Les contrôles judiciaires qui pesaient sur les trois suspects de cette affaire qui a tenu la France en haleine pendant des années ont été levés.

Mais la décision des magistrats "porte sur des points de procédure et non pas sur des éléments touchant au fond du dossier", a rapidement précisé dans un communiqué le procureur général de Dijon Jean-Jacques Bosc.

"L’affaire Grégory continue. Les actes d’enquête essentiels n’ont pas été annulés", a-t-il ajouté à l’AFP, en précisant qu’il avait jusqu’à mardi pour former un pourvoi en cassation et, qu’à défaut, il pourrait demander ensuite le renouvellement des mises en examen.

Les avocats des époux Villemin, les parents de Grégory, ont d’ores et déjà demandé "que la chambre de l’instruction convoque à nouveau Murielle Bolle et les époux Jacob pour leur notifier à nouveau leur mise en examen, en bonne et due forme".

"Le bien-fondé de ces mises en examen n’a en rien été remis en cause", ont-ils insisté dans un communiqué. Pour eux, la Cour a simplement relevé que la présidente de la chambre de l’instruction Claire Barbier, qui avait prononcé seule ces mises en examen, "n’en avait pas le pouvoir juridique, et que c’est à la chambre de l’instruction collégialement d’en décider."

- "Un camouflet" -

"C’est une très belle victoire pour nous", s’est toutefois félicité l’un des conseils de Mme Bolle, Me Christophe Ballorin, en y voyant une preuve de l’innocence de sa cliente. "Sa mise en examen tombe, son contrôle judiciaire également".

"C’est encore un nouveau rebondissement énorme dans ce dossier" et "manifestement un camouflet pour l’enquête", a réagi de son côté Me Frédéric Berna, l’un des avocats de Jacqueline Jacob.

Les époux Jacob "n’ont plus rien à voir dans ce dossier", a estimé son confrère Stéphane Giuranna devant la presse à Nancy, alors même que les propos du procureur général laissent toujours planer une épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes.

Les deux septuagénaires Marcel et Jacqueline Jacob, grand-oncle et grand-tante de Grégory, avaient été les premiers à être mis en examen en juin dernier, lors d’une spectaculaire relance de cette énigme judiciaire jamais résolue depuis la mort, il y a trois décennies, du petit Grégory.

Jamais inquiétés jusqu’alors, ils sont soupçonnés d’avoir été les "corbeaux" de l’affaire, à l’origine de plusieurs lettres anonymes bien renseignées, mais aussi d’être impliqués dans le rapt et la mort du garçonnet dans le cadre d’un "acte collectif".

Fin juin, Murielle Bolle, 48 ans, était mise en examen à son tour, soupçonnée d’avoir participé à l’enlèvement du petit garçon de 4 ans, dont le corps avait été retrouvé pieds et poings liés dans la rivière Vologne le 16 octobre 1984.

- "Rien à voir avec le meurtre" -

A l’automne 1984, alors âgée de 15 ans, elle avait accusé son beau-frère Bernard Laroche d’avoir enlevé Grégory, avant de se rétracter. Ce dernier avait été incarcéré puis relâché avant d’être tué d’un coup de fusil par son cousin Jean-Marie Villemin, le père de l’enfant, en 1985.

L’accusation soutient aujourd’hui que la rétractation de Mme Bolle s’explique par des violences familiales subies à l’époque - ce qu’elle conteste.

"Enfin, il est compris que cette gamine de 15 ans n’a strictement rien à voir avec le meurtre du petit Grégory", s’est exclamé Me Ballorin.

Les magistrats de la chambre de l’instruction avaient déjà accepté d’alléger les stricts contrôles judiciaires auxquels les mis en examen, contraints de résider loin des Vosges, étaient soumis depuis l’été dernier.

Cette affaire a déjà connu plusieurs rebondissements spectaculaires : en juillet 1985, après la mort de Bernard Laroche, le juge Jean-Michel Lambert avait opéré un spectaculaire revirement en portant ses soupçons vers la mère de Grégory, Christine Villemin. Celle-ci avait finalement été innocentée en 1993. Le juge Lambert lui-même s’était donné la mort en juillet dernier après la relance de l’affaire.

mots clés de l'article : enfants , homicide , Enquête

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